Cette croissance ivoirienne incompréhensible !!!

lundi 15 avril 2013 par Arimi Choubadé

Alassane Dramane Ouattara, champion de la gouvernance en Afrique, peut-être même au monde. Jamais personne n’a encore connu une telle fulgurance, près de 15 points de croissance économique en l’espace d’un an, d’un taux négatif à près de 10%. Des chiffres sortis de nulle part et repris en chœur par le Fmi et la Banque mondiale. L’angélus de ces institutions financières sur Abidjan relègue au rang de cancre tous les autres gouvernorats de la sous région englués dans des réformes infructueuses et poussives aux retombés presque invisibles sur les fameux agrégats macroéconomiques depuis des décennies. Peut-être une bonne nouvelle pour le Bénin d’avoir un super dragon à quelques encablures. Alléluia !

Plusieurs pages sombres, cependant, sur le procédé miracle en lui-même. Le boum exceptionnel encensé reste très avare en éléments concrets accessibles à tous. Les seuls arguments disponibles demeurent le port, le cacao, le café, la banane etc… Un classique de l’économie ivoirienne déjà en vogue au plus fort de la splendeur passée du vivant du vieux Houphouët-Boigny. À l’époque, un certain Ouattara, premier ministre avait les pleins pouvoirs. Pourtant, il n’avait jamais été question de taux de croissance renversant bien que la ressource d’exportation vedette du pays à savoir, le cacao s’échangeait à des coûts plus avantageux, sur le marché international. Jusqu’à présent, les laudateurs de la gouvernance Ouattara ne parviennent pas à expliquer comment, en moins d’un an, un dragon est né sans être grand exportateur de pétrole, de voiture, de matériel informatique, de produits pharmaceutiques, de manufactures, en tout cas de quelque chose d’autre que la matière première agricole brute.

Ce qui est, par contre, perceptible, se sont les attaques sporadiques qui continuent d’ensanglanter le pays. La crise postélectorale refuse de se dégonfler. Ce pays dévasté portant encore les stigmates de la barbarie, comptant des centaines de ses fils en exil à l’extérieur est ce que Brettons Woods essaie d’ériger en modèle pour la sous région. Comme si, pour avoir des chances de voir son taux de croissance économique bondir de 15 points, en un an, il faut sortir d’une guerre ethnico-politique, enterrer près de 3.000 citoyens, faire mutiler des milliers d’autres, faire déporter le président sortant, faire exiler ou emprisonner les opposants. Avis à tous ceux qui rêvent d’embellie économique et de bienveillance de Bretton Woods. En guise de perspectives affichées par Ouattara lui-même à travers ses déclarations c’est l’hégémonie de la justice des vainqueurs et une réconciliation à pas de caméléon. À cette allure, le prochain miraculé dont les standards actuels se rapprochent de ceux du modèle ivoirien devrait, logiquement, être le Mali d’après le chaos des bombes françaises sur l’Azawad.

Paradoxalement, en Côte d’Ivoire comme au Mali, le salut est venu par l’armée du « maitre ». La France ne saurait supporter qu’un de ses protégés se retrouve dans le désastre après le passage de ses valeureux militaires. Le fait que les Brics (Brésil, Chine, Inde, Russie et Afrique du Sud) accusent le Fmi et la Banque mondiale d’être des forteresses d’opacité et de manipulation n’est certainement pas un banal caprice. Le Bénin, engagé de longue date dans des réformes est en droit de se poser des questions légitimes sur ces chiffres annoncés à propos de la Côte d’Ivoire revenue de l’enfer. N’est-ce pas le même parrain qui gère les réserves en devises des 14 Etats Cfa sans que ces derniers ne puissent en contrôler les flux sur le marché. Peut-on avoir l’assurance que les capacités en devises des uns n’ont pas été malicieusement attribuées à d’autres en guise de justification à l’interventionnisme armé ? Quelle est la dose diplomatique et géostratégique dans le taux de croissance en Côte d’Ivoire ?

Le doute est permis !!

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Par Arimi Choubadé
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