Et le « Djakpata » pour cols blancs ???

lundi 22 avril 2013 par Arimi Choubadé

Nouvelle embardée du tour de chauffe sécuritaire au Bénin. C’est désormais par dizaines que les malfrats (selon la police et les médias), défilent sur le petit écran. Tout les foyers d’insécurité du pays sous pression grâce à l’opération dite « Djakpata » menée par la police aidée d’autres corps armés : militaires, gendarmes, sapeurs-pompiers. Pas le moindre répit pour voleurs à la tire, toxicomanes, dealers, braqueurs, alcolo-dépendants, partout sur toute l’étendue du territoire national. Même si par endroit ça continue de braquer, de voler, de tuer, d’arnaquer et de violer. En attendant la fin des 120 jours décrétés à l’occasion pour sortir les bilans.

Un petit bémol cependant : seule la criminalité de « bas-étage » tremble pour le moment devant « Djakpata ». Celle des « en haut de en haut », des cols blancs, celle qui fait disparaitre, chaque année, des centaines de milliards des caisses de l’Etat n’est pas concernée. La brève agitation de ces derniers mois sur ce front n’a abouti qu’à des esbroufes parlementaires portant sur une demi-dizaine d’individus, tous d’anciens ministres. Juste la menace de saisine de la Haute cour de justice. Mais eux n’ont pas droit à des exhibitions à la télé, menottes au poignet dans le dos, torses nus ou aveux publics. N’est-ce pas de grands messieurs disposant d’anciens collègues, amis, protégés, protecteurs, dauphins, collaborateurs au sein du gouvernement, du parlement, de la Cour constitutionnelle, de la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication, de toutes les autres institutions et de l’administration. La préséance existe partout y compris dans la répression des crimes et délits selon que « vous soyez petits ou grands » dirait le célébrissime fabuliste.

Si on devrait passer par un référendum la violence sur le trésor public l’emporterait largement sur la violence de rue auprès des Béninois empêtrés dans la misère. Cela se justifie d’un point de vue sociologique puisque la pègre recrute plus dans les rangs des enfants abandonnés ou non scolarisés faute de salles de classe, des chômeurs, des élèves et étudiants privés de bourses d’Etat, des déflatés. La criminalité de rue aurait baissé d’un cran si l’Etat avait disposé de plus de moyens pour construire écoles, centres sociaux et infrastructures sociocommunautaires. Autrement dit, les délinquants de rue n’auraient pas été aussi nombreux n’eut été la malfaisance des cadres détourneurs de deniers publics. Les régies financière sont aux abois sous les effets conjugués des nombreux piquets de corruption (fonctionnaires) tapis au sein des structures d’Etat sous couvert des différentes officines politiques. « Djakpata » aurait donc fait le boulot à moitié s’il ne s’attaquait pas surtout aux voleurs de la République.

Débusquer un « malfrat » à col blanc n’est pourtant pas si compliqué qu’on pouvait l’imaginer. Il suffit d’investir, avec armes et uniformes, les lieux de marche de soutien, de meetings ou de prière. Si possible sous les feux des caméras. La logistique pourrait être alors inventoriée et les organisateurs sommer d’en justifier les sources de financement. Tout fonctionnaire ou agent de structure publique surpris en train d’offrir ripaille et festin à plusieurs villages à la fois, durant plusieurs jours devrait pouvoir dire très clairement où il a trouvé l’argent. En 120 jours, plusieurs cols blancs pourraient passer devant le juge avec des justificatifs de leur prodigalité outrancière. Autre piste d’investigation, les immeubles géants qui sortent de terre et qui appartiendraient à des fonctionnaires ou des membres des institutions. Et si « Djakpata pour cols blancs » veut aller plus loin, il pourrait recourir à l’expertise des traqueurs des barons de l’ancien régime sénégalais.

A chaque catégorie de « malfrat » son « Djakpata »…

Par Arimi Choubadé
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