A propos du fonds Fadec : essoufflement ou croisade anticorruption ???

jeudi 25 avril 2013 par Arimi Choubadé

Sainte colère du beau Raphael Edou ? Les oreilles des élus locaux n’arrêtent pas de siffler depuis le coup de gueule de leur ministre dans la fourmilière. Lui qui voit les hôtels de ville transformés en bastions de mauvaise gouvernance voire de mauvaise gestion des fonds mis à leur disposition par le gouvernement ainsi que les partenaires techniques et financiers. Au point où le pasteur-ministre en vienne à confondre des maires avec ses ouailles du dimanche à travers un virulent sermon, sans aucune retenue et plein de condescendance. Le tout assorti de la menace de sévir contre les gestionnaires indélicats sans aucun égard pour leur patriarcat ou leur pseudo légitimité en tant qu’élus aux suffrages universels. Légitimité que Edou pouvait revendiquer aussi, étant un transfuge du conseil municipal de Cotonou rappelé au gouvernement après les K.O électoraux de 2011.

Ainsi donc, subitement, comme par une révélation divine, la lutte contre la bonne gestion des ressources publiques dans les communes a surgi. Une attaque en règle qui a le mérite d’éclipser tous les autres sujets du mécanisme des fonds Fadec justement. En effet, s’il n’y avait pas eu la colère ministérielle, les débats auraient forcément tourné autour de l’essoufflement du gouvernement béninois qui n’a jamais pu atteindre les 15% du budget national recommandé par l’Uemoa en guise d’assistance aux entités décentralisées. Le budget du Bénin en est encore à 3% difficilement respecté. Le gros lot des fonds provient en définitive des autres Ptf. Il fallait donc convaincre le gouvernement de lever enfin le pied en matière de transfert de ressources aux communes conformément à ses engagements communautaires. Le maire de Cotonou, Nicéphore Soglo n’arrête pas de se plaindre de ne pouvoir payer ses fournisseurs et autres prestataires parce que le trésor public a vidé ses comptes à son insu. D’autres communes en savent quelque chose. Habilement, et grâce au pasteur-ministre, le prévenu s’est mué en accusateur. La chienlit se cristallise désormais autour en querelle entre maires et ministre de tutelle. Attaquer pour se défendre. Bravo Edou !

Bien inspiré celui capable de dire le texte qui autorise le ministre d’exercer un contrôle sur les maires en assemblée générale, à travers un discours. Les correspondances au sein de l’administration publique obéissent à des règles séculaires qui n’ont rien à voir avec la reddition à la hussarde inaugurée par le ministre des mairies. Ce dernier dispose en effet de tout un arsenal lui permettant de s’attaquer aux sources de détournement et de corruption au niveau des entités sous tutelle. Il n’avait donc pas besoin de ce numéro de « retenez moi sinon je fais un malheur ». À moins que cela ne participe à une énième embûche dressée sur le chemin du transfert de ressources aux communes. Et puis, en effarouchant les Ptf vis-à-vis des communes cela pourrait faire gagner quelques pécules supplémentaires à l’Etat central.

Reste la dernière hypothèse, celle de l’arbitre-joueur tenté par la triche. Depuis qu’il est passé de la minorité municipale de Cotonou au poste de ministre de la décentralisation, on se posait des questions sur sa stratégie pour faire gagner son camp éventuellement aux prochaines municipales. Imaginons le gain pour ses compagnons et lui si la tempête autour du Fadec pouvait faire perdre des plumes aux houézèhouès. Surtout qu’une singulière propagande présente Cotonou comme la plus grande bénéficiaire et donc la plus mal gérée. Ce qui donne au coup de gueule de Bohicon des allures d’une arme politique bien aiguisée et bien orientée par surcroit. Tant pis si les dégâts collatéraux embrasent 76 autres communes. La manœuvre aurait eu plusieurs mérites : éliminer les mairies de la ruée vers les Ptf, justifier une limitation de l’apport du gouvernement à la décentralisation et aussi régler quelques comptes.

Au nom de la bonne gouvernance décentralisée !!!

Par Arimi Choubadé
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