Presse libre … sous tutelle politique…

vendredi 3 mai 2013 par Arimi Choubadé

Et le génie (malfaisant) béninois créa la Haac. Ainsi naquit la démocratie à quatre pouvoirs. Battant en brèche toute la théorie des lois de Descartes n’établissant que 3 pouvoirs constitutionnels à savoir : exécutif, législatif et judiciaire. Une doctrine fondatrice de la séparation des pouvoirs, socle de toutes les grandes démocraties de la planète. Les excellentissimes rédacteurs de la constitution béninoise y ont inventé un quatrième pouvoir, celui de la « protection de la liberté de presse ». Eh oui, il fallait y penser – la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication qui, au Bénin, protège « constitutionnellement » la liberté de presse. Un tutorat constitutionnel clair et net sur les médias. A son avènement, on se demandait si cette institution ferait bénéficier à chaque organe de presse et à ses agents des gardes du corps, des gilets pare-balle, l’initiation aux techniques d’autodéfense, véhicules avec gyrophares, bref, toute la panoplie de la protection physique. En sus d’un collège d’avocats chevronnés à chaque citation directe à l’encontre d’un journaliste, d’une assistance médicale et sociale digne de ce nom, le renouvèlement périodique du matériel (micro, stylo à bille, caméras, ordinateur, papier, plaque d’imprimerie, salaires des agents etc…). En lieu et place, la presse fait plutôt l’objet d’une surveillance stricte, férule en main près à s’abattre sur tout déviant. À l’arrivée, les professionnels des médias doivent faire face tous seuls contre les assauts extérieurs répétés et pernicieux en plus de la panoplie répressive sans précédent du tuteur : tribunal spécial, interdiction de se faire citer à la revue de presse, suspension provisoire ou définitive, humiliation publique. Barbouzes, propagandistes et autres manipulateurs d’opinion deviennent alors des refuges de circonstance pour exister.

Tous les ans, a lieu une cérémonie ubuesque, le 03 mai sous forme de réaffirmation de l’inféodation au siège de la Haac à l’intention de toutes les instances « imposées » à la corporation depuis les fameux « états généreux » de la presse de 2000 en attendant les prochains en 2013 – une histoire de beaucoup de millions en ripailles, en perdiems, en missions, en communications et en mondanités. Le tuteur reçoit, à l’occasion, dans sa grande cour les allégeances de ses ouailles au détour d’un festin arrosé. En l’honneur de la relation de sujétion prévue par la constitution entre les acteurs des médias et une institution politique. Il parait que sans la création de cette Haac-là un membre du présidium de la conférence nationale manquerait de point de chute alors que tous ses autres collègues sans exception étaient rassurés de finir ministre, député ou membres des autres institutions républicaines. Je n’oserai pas insinuer que les éminences grises du renouveau démocratique étaient mues par le copinage même si les principaux acteurs de la grande messe de février 1990 se partagent, de nos jours encore, les premiers rôles au sein de la République en refondation. Coïncidence ?

Tant pis si on devrait écorcher tous les principes fondamentaux de la démocratie en l’occurrence la séparation des pouvoirs. Ainsi la création par le constituant béninois d’un 4ème pouvoir ouvre grandement la porte à toute sorte d’incongruités juridiques. Une seule illustration de cet imbroglio c’est le recours contre les décisions de la Haac devant la Cour suprême. En d’autres termes les « génies » inventent ainsi une nouvelle dimension dans le parallélisme des formes et la hiérarchisation des normes juridiques. Désormais donc la Cour suprême ne rend plus seulement des décisions par rapport à des jugements, des arrêts, des actes administratifs (décrets, arrêtés). Elle peut rendre des « décisions » par rapport à d’autres « décisions », précisément de la Haac. N’est pas quartier latin de l’Afrique, pays de génie, berceau de la démocratisation au sud du Sahara qui veut. On peut ajouter également, pays inventeur de la tutelle sur la liberté de presse en Afrique.

Tout ça pour être der des ders…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1186-presse-libre-sous-tutelle.html

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?