« Musée national de la corruption »…

lundi 6 mai 2013 par Arimi Choubadé

Témoignage vivant de l’étendue du pillage de la République. Aucun visiteur de la capitale, Porto-Novo, venant de Cotonou, ne peut l’éviter. Visible, plusieurs kilomètres avant le franchissement du pont d’accès de la ville, surplombant le fleuve Ouémé. Un gigantesque monstre en béton sur plusieurs étages étalant sa hideur avec une exceptionnelle arrogance. Cela aurait fait sortir plus de 14 milliards Fcfa des caisses de l’Etat. De l’argent collecté auprès des conducteurs de taxi-moto, des usagers des routes, des chômeurs, des ouvriers, des paysans, des fonctionnaires… Le contribuable béninois que l’on dit parmi les plus démunis au monde s’est permis d’ériger ce triste et couteux monument à qui certains experts prédisent un envasement inévitable, à moins de saigner davantage le trésor public en travaux confortatifs. Seule certitude pour le moment, c’est exclu d’en faire le siège du parlement puisque le chef de l’Etat s’est publiquement exprimé pour le transfert du site. Qu’à cela ne tienne !

Un autre acteur public ne s’est pas privé de partager avec des compatriotes internautes sa petite idée sur la question. Selon le député Candide Azannaï le monstre devrait être le reflet vivant de la corruption au Bénin. Cette « mafiosité architecturale », comme il l’a écrit sur sa page facebook, pourrait devenir le lieu où chaque Béninois viendrait se recueillir sur une des reliques les plus emblématiques de la maltraitance des deniers publics. Une sorte de « musée national » consacré à la corruption. Un avis qui marque une farouche opposition à toute tentative de destruction du bâtiment inachevé voire inachevable. Désormais, parlant de ce fléau, discours et rhétorique ne seraient plus nécessaires pour informer ou conscientiser les générations montantes. Il suffit de faire un tour sur le pont de Porto pour s’imprégner de la réalité du phénomène. Exercice à recommander à tous les futurs dirigeants devant manier les maigres ressources communes.

Le débat de l’avenir de ce lieu mérite vraiment d’être mené. Si on se place dans l’hypothèse de sauver ce site, il faut que le budget national, déjà sous tension, consente à y ensevelir au moins 20 milliards supplémentaires. Sa démolition éventuelle nécessite également de considérables moyens. Par contre, le laisser en l’état ne coute pas grand-chose au contribuable. Au contraire, cela permettrait de construire autour de cet endroit une mémoire collective indispensable à toute croisade contre la corruption. Sauf que nous sommes au Bénin, pays réfractaire à la mémoire et qui a tellement honte de son passé qu’il se refuse à le faire savoir ; d’où ses nombreuses lois d’amnistie destinées à effacer le passé. Ainsi des hauts lieux de torture sous la révolution marxiste léniniste que sont Ségbana, le petit palais de Cotonou, le camp Séro Kpéra de Parakou, tous passés dans l’amnésie collective bien que de nombreux citoyens y aient perdu la vie au nom de la lutte pour la liberté et la démocratie.

La volonté de transférer le site du siège de parlement a au moins le mérite d’épargner à la représentation nationale d’être hébergée à un endroit considéré comme le haut lieu de la corruption et qui a déjà valu à un ministre en fonction de passer des jours dans les locaux de la police, à un ancien ministre de faire l’objet de poursuite devant la Haute cour de justice et à plusieurs cadres et opérateurs économiques d’être écroués. Pour le moment, le monstre est là, incontournable, imposant, visible, laid comme une ride indélébile inscrite à jamais sur le front de la capitale. Faites-y un tour au nom de la lutte contre la corruption…

Avant que…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1187-musee-national-de-la-corruption.html

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