Ce « Kpayo-là » est vraiment très fort…

samedi 18 mai 2013 par Arimi Choubadé

Pas forcément parce qu’un ministre a dû y recourir en pleine répression de la vente à la sauvette. Encore moins du fait des dégâts considérables de la traque militaro-policière : saisies impressionnantes, pertes en vies humaines, désorganisation du trafic routier, renchérissement du coût du transport etc… Sous les coups de boutoirs, le phénomène de l’essence vendue en vrac au coin de la rue plie mais ne rompt pas. Et ce n’est pas faute de détermination affichée de la part des gouvernements successifs depuis la période révolutionnaire jusqu’à l’ère de la refondation via renouveau démocratique et changement. Personne ni rien pour obtenir son scalp. Ni la volonté de renflouer les caisses de l’Etat, ni la sensibilisation sur les méfaits d’incendie, d’inhalation de gaz toxiques et contact avec des produits dangereux. Les bouteilles remplies de liquide rougeâtre sur les étalages de fortune règnent toujours en maîtres sur les artères des grandes agglomérations béninoises. Les stations-services peinent à suivre la rude concurrence imposée par les revendeurs de rue, redoutables, insaisissables, téméraires et prêts à tout ; une question de survie ou de mort.

Mais le petit peuple ne voit pas seulement en ce trafic un simple moyen de subsistance. Certains citoyens lui attribuent une sorte d’auto-justice fiscale. Certes, l’Etat enregistre de considérables manques à gagner du fait des tourments des rares stations-services agréées. Mais, la thèse de la baisse des recettes sur les hydrocarbures n’émeut plus grand monde face aux scandales à répétions. Tenez ! Rien que le « musée national de la corruption » sis à Porto-Novo (chantier du nouveau siège inachevé du parlement) a coûté la bagatelle de 14 milliards en pure perte. Existent de nombreux autres symboles de la corruption, du même acabit. Nul doute que les taxes sur les hydrocarbures ont largement contribué à la mobilisation de ces fonds dilapidés. Grâce au « kpayo », les en bas de en bas peuvent se faire directement payer des ristournes sans passer par un trésor public manipulé par des fonctionnaires soucieux de leurs familles, de leurs amis et d’eux-mêmes. Ce n’est qu’à l’occasion des campagnes électorales, des meetings, des marches et des prières de remerciement que les populations parviennent à arracher de rares oboles payées sur le reliquat de l’argent généralement volé des caisses de l’Etat.

Il revient au trésor public de prouver qu’il mérite qu’on mobilise l’armée, la gendarmerie, la police, les sapeurs-pompiers pour le maintenir à flot. Les citoyens ont certainement bien envie de contribuer à limiter les évasions fiscales et enrichir davantage l’Etat si le peu de ressources disponible est utilisé à bon escient. Difficile donc de susciter la mobilisation des citoyens autour du combat contre le kpayo lorsqu’ils sont contraints à 5 heures de route avant de rallier péniblement Cotonou et Bohicon (à peine 130 km) contre moins de 2 heures auparavant. Désagréments encore plus prononcés sur d’autres tronçons de grand trafic comme Cotonou-Pahou, Parakou-Djougou, Pobè-Porto etc… Il y a pire sur les pistes rurales complètement défoncées ; ce qui complique davantage l’acheminement des produits de première nécessité depuis les campagnes vers les villes.

Mais entre nous, la lutte semble bien bizarre à maints égards. On se demande pourquoi les grands trafiquants connus et répertoriés par les services de sécurité ne sont jamais inquiétés et que les prises ne concernent que les produits dont la destination finale est loin de faire l’unanimité. En définitive, le kpayo finit par vaincre les croisades, les unes après les autres sans jamais disparaitre.

Entre l’Etat béninois et le « kpayo », lequel est le plus fort ????

Par Arimi Choubadé
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