Les généraux oligarques

lundi 1er octobre 2007 par Arimi Choubadé

Des centaines de milliards qui se baladent dans les casernes. Pour la noble cause certainement : construction d’écoles. Dans un pays aussi gangrené par la corruption, il y a rien de mieux qu’une vertueuse armée pour ériger le cadre dans lequel on forme les futurs bâtisseurs du Bénin émergent. La croisade de prérentrée de certains ministres ont permis de lever un coin de voile sur l’immensité des sommes dont dispose le génie militaire pour la circonstance. En gré à gré.

Normal qu’un corps de métier au service de la République s’investisse dans les infrastructures scolaires. Sauf que la béatification actuelle de cette armée pose quelques problèmes. Le discours d’un certain Antoine Idji Kolawolé alors président de l’Assemblée nationale et deuxième personnalité de l’Etat sur le rôle de quelques militaires pendant les législatives 2007 est encore assez frais dans les mémoires. L’exercice ne consiste pas à remuer le couteau dans la plaie. Sinon on pourrait remonter le temps en revisitant les bilans respectifs des gouvernements militaires successifs.

Ce n’est pas à des croyants comme ceux qui occupent actuellement le palais de la marina qu’on peut enseigner que l’argent, beaucoup d’argent induit la tentation. Si la vertu supposée de la troupe est si avérée il convient alors de la préserver. Au lieu de l’inonder de gré à gré d’une envergure aussi colossale. Surtout lorsqu’on connaît les usages fondés sur le secret absolu au sein des garnisons. Les procédures de décaissements n’obéissent pas aux mêmes principes de gestion et de contrôle que les autres services administratifs publics. La vie publique nationale a été régulièrement traversée par des histoires de primes jamais versées aux soldats alors qu’elles ont été réglementairement mises à disposition des hauts gradés.

Au bout de l’opération de construction d’école, qui peut garantir que les camions de sable, de ciment, de fer à béton, de peinture, de divers matériaux de construction auraient tous atterri à la bonne destination ? Ce n’est pas exclu que dans la centaine de milliards, quelques uns ne prennent la direction de paradis fiscaux. Au même moment où une nouvelle sésame s’annonce sous peu à travers le démarrage du fameux service militaire : 7 milliards en un an. Sous la houlette plus ou moins directe des généraux. Les événements en Guinée Conakry au début de l’année 2007 sont révélateurs de l’état d’âme des généraux pleins aux as. Les spécialistes de la gâchette facile s’activent plus à assurer leurs propres arrières de bourgeois qu’à protéger véritablement un régime.

Le fait d’envoyer ce pactole au génie militaire met d’office en oisiveté les cabinets privés de construction. Un important marché leur échappe alors que eux ne peuvent échapper à la pression fiscale, aux charges salariales, aux aléas d’une économie au ralenti. On perd également de vue l’impact sur l’image du génie militaire dans la tête des petits écoliers et élèves lorsque, une fois livrés, les bâtiments révèleraient de grotesques imperfections. Ceux qui ne lisent pas les chroniques avec des lorgnons déformants savent bien que quelque chose ne tourne pas rond dans ce processus d’embourgeoisement de l’armée.

Même s’ils feignent de s’en accommoder.

Par Arimi Choubadé
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