Quand le coton tient nos ventres en otage !!!

mercredi 29 mai 2013 par Arimi Choubadé

La République de nouveau au chevet du coton. Parait-il pour glaner quelques points de croissance économique. Hélicoptères présidentiels, conseillers du chef de l’Etat, ministres, députés, maires, artistes, milliards du trésor public, cadres de l’administration, tous unis pour le triomphe de la cause de la « tristement » célèbre touffe blanche. Paradoxalement, jamais pareille mobilisation ne touche le maïs, le riz, le manioc, l’élevage, la pisciculture. Tout pour le coton ! Culture presque inexistante dans la consommation locale en dehors de la production d’une partie de l’huile végétale disponible sur le marché. La République a décidé depuis des décennies de se ceindre les reins beaucoup plus pour les usines de textiles à l’étranger que pour le ventre de ses fils. Pas question de changer de cap même face à la cherté des produits alimentaires et les chants de misère de plus en plus stridents des populations incapables de s’assurer les repas quotidiens.

Tant pis si l’écrasante majorité des terres cultivables, la quasi-totalité des subventions agricoles, des milliards du budget national, les machines agricoles achetées avec les derniers publics échappent à l’effort d’autosuffisance alimentaire. Au point où le Bénin en est réduit à quémander le riz japonais sous forme d’aide pendant que ses terres sont au service de l’industrie étrangère. Le cycle infernal revient chaque année suivant un processus désormais immuable. On se demande dans quelle dialecte expliquer aux décideurs Béninois qu’il n’y a aucune issue radieuse pour le pays dans l’agriculture d’exportation en générale, pire dans le coton. Les 112.622 km2 de superficie du petit Bénin ne pèsent pas grand-chose à côté des 923.768 km2 du Nigéria, des 1.267.000 km2 du Niger, des 274.200 du Burkina, encore moins des 17.075.400 de la Russie, des 8.515.617 km2 du Brésil ou des 9.826.675 km2 des Usa. C’est un suicide de brader les richesses du sol (alors que le pays en a très très peu au sous-sol) au profit d’autres tissus industriels.

Il parait que l’exportation des quelques tonnes de coton en fibre ou brut rapporterait des devises à l’Etat béninois. Prétexte en tout point identique à celui servi par la communication autour de la lutte contre le trafic illicite des produits pétroliers mais difficile à défendre face aux détournements massifs des deniers publics. À quoi bon, en effet, s’échiner à renflouer les caisses de l’Etat si une bonne partie de l’argent part en marches de soutien, en prières, en campagnes électorales et en meetings ? Quand cela ne se transforme pas en building pour maitresse ou en bourses d’étude pour progénitures. Si le choix était laissé au Béninois lambda entre assouvir sa faim et se sacrifier pour une culture de rente dont les retombés profitent uniquement à une caste de courtisans prédateurs des ressources publiques : la tendance est connue d’avance.

Les dégâts du coton ne s’articulent pas seulement par rapport à sa propension à détruire les terres où il est produit ou à faire perdre beaucoup d’argent au pays depuis quelques années. Sa malédiction s’attaque également à la laborieuse paix sociale sauvegardée malgré le ventre creux des enfants dans les campagnes et la mauvaise qualité de la nourriture dans les grandes villes. L’homme d’affaires béninois Martin Rodriguez est parti en exile depuis bientôt une décennie à cause du coton. Un petit événement à côté du séisme provoqué par la crise entre l’Etat béninois et un autre homme d’affaires, Patrice Talon au sujet de ce même coton maudit. Des turbulences aux conséquences cataclysmiques sur l’appareil d’Etat, le monde paysan, la diplomatie, l’entourage immédiat du chef de l’Etat, les médias nationaux et internationaux, la justice, la classe politique etc... Rien n’y échappe.

Le coton ou le Bénin ???

Par Arimi Choubadé
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