Cette putain de révision…telle un cancer !!!

lundi 10 juin 2013 par Arimi Choubadé

Le Bénin n’en guérit plus. Indispensable pour le développement selon ses initiateurs ; opportuniste et inopportune pour les autres. Passions et fantasmes à chaque fois que surgit la question de révision de la constitution. Des décennies que cela dure sans qu’on ne sache comment en venir à bout. Les velléités de modifier la loi fondamentale du 11 décembre 1990 existent depuis le premier gouvernement du renouveau démocratique avec la même fièvre et la même éruption dans les états-majors politiques mais aussi au sein du petit peuple. Sa seule évocation suscite une terrible révulsion populaire. Comme s’il s’agissait d’une détestable maladie incurable. Les dégâts considérables provoqués par ce débat sur la paix sociale font craindre le clash à tout moment. C’était déjà le cas, timidement peut-être, sous le règne du président Soglo ; encore plus vif vers la fin du régime Kérékou et presque ravageur cette fois-ci alors qu’on pensait s’acheminer vers la fin du deuxième et dernier mandat de Yayi.

Oui il faut réviser ! Non il ne faut pas réviser ! De quoi devenir complètement dingue face à une opinion publique aussi versatile, indécise, modulable à souhait. Les mêmes, prompts à applaudir la révision de la constitution à une certaine époque, sont les plus aptes à se braquer contre quelques années après. Difficile d’établir une ligne de démarcation clair et durable entre révisionnistes et anti. Confusion donc au sein de la classe politique, au sein de la société civile mais aussi sur un plan strictement juridico-institutionnel. L’horizon s’est assombrit davantage ces dernières années à la suite de deux décisions à polémiques de la Cour constitutionnelle. Le premier acte est intervenu en 2006 après la modification de l’article 80 de la constitution par la majorité requise des 4/5 des députés. Les sages de la Cour ont rejeté l’initiative au motif que le consensus (à valeur constitutionnelle) n’avait pas été réalisé tout en se gardant de donner une définition juridique sans équivoque de ce concept et comment y parvenir. Un écueil que les néo-révisionnistes pensaient éviter en introduisant le projet de loi référendaire afin de passer directement au suffrage universel. Là encore veto des sages, cette fois-ci pour violation de l’« esprit de la conférence nationale », lui aussi à valeur constitutionnelle.

Cet imbroglio sent la crise de légitimité à des milliers de km à la ronde. Les Béninois ne semblent reconnaitre à personne la qualité et la légitimité de toucher à ce satané texte. Ni le gouvernement ni le parlement ni les juristes experts ni la société civile encore moins les signataires du fameux accord politique d’entre deux tours en 2006. Personne donc pour être à la hauteur des supers valeurs constitutionnelles que sont le consensus nationale et l’esprit de la conférence nationale. Un blocage qui se comprend pourtant aisément dans le contexte béninois dont la démocratie fonctionne pratiquement sans parti politique républicain disposant de lien organique conséquent avec le citoyen. En effet, dans la plupart des démocraties respectables, la loi fondamentale est une affaire des partis. Mais au Bénin aucun citoyen n’est prêt à donner quitus à des trucs (partis) dont le mode de fonctionnement ressemble étrangement à celui des sociétés secrètes ou des associations de malfaiteurs. En d’autres termes, on ne parvient pas à aborder la révision de la constitution parce qu’il n’existe pas de partis à crédibilité tangible. Comment réaliser le consensus entre 9 millions d’individus et faire respecter l’esprit de la conférence nationale ?

Il parait que c’est le pays de génies…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1199-cette-putain-de-revision-telle-un.html

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?