Une Cena permanente, pourquoi faire ???

vendredi 28 juin 2013 par Arimi Choubadé

Le provisoire en passe de devenir du constitutionnel. D’une structure ad’hoc destinée à régler une crise de confiance circonstancielle entre acteurs politiques en 1995, la Commission électorale nationale autonome (Cena) s’apprêterait à faire une entrée en fanfare dans la constitution. Ce serait, paraît-il, l’innovation du siècle pour la démocratie. Énième œuvre du tristement célèbre génie béninois. Quasi unanimité autour de la question au pays dit berceau des conférences nationales et des amnistions pacifiques en Afrique. Déjà, le nouveau code électoral en a fait une structure permanente, au même titre que beaucoup d’autres institutions. Le Bénin serait donc définitivement à l’abri des soubresauts électoraux, selon les concepteurs. Dans une sorte de jubilation du fait que l’administration publique soit définitivement voire irrémédiablement reconnue incapable d’inspirer la confiance à la classe politique ; consacrant ainsi qu’elle est et demeurera à jamais politisée. Aucun espoir, donc, que l’organisation des élections reviennent un jour au ministère de l’Intérieur.

Visiblement, le Bénin et tous les autres pays ayant fait l’option des Cena (Ceni, Cen) semblent avoir renoncé à une éventuelle dépolitisation de leurs administrations respectives. Tant pis pour tous ceux qui croyaient que la construction de la démocratie allait passer par le retour à la neutralité d’une fonction publique pourtant entretenue aux frais du contribuable. Le fonctionnaire peut donc continuer à ignorer le service public et préférer la soumission au régime politique partisan. À cette allure, il ne serait pas étonnant qu’après lui avoir retiré les élections, le législateur n’en vienne à lui enlever d’autres prérogatives dès survenance de la moindre suspicion sur son impartialité. Un jour peut-être apparaîtrait des institutions constitutionnelles du genre haute autorité pour chaque service public à savoir la douane, la santé, l’éducation etc... Exactement comme c’est le cas déjà, au Bénin, pour la corruption, la gouvernance concertée, la solidarité, le hadj, l’audiovisuelle et la communication et autres. Et comme la tendance est pour l’élaboration d’une constitution-poubelle, personne ne s’offusquerait que tout ces machins soient reversés un jour dans la loi fondamentale. 

Au lieu de chercher à vider l’administration de ses attributs classiques au motif qu’elle est trop politisée, c’était plus simple de l’affranchir de la partisanerie. Il est notoriété publique que les fonctionnaires sont aujourd’hui les principaux bailleurs de fonds des partis politiques. Des voleurs de la République ! Marchés gré à gré, surfacturations, missions fantaisistes, promotions, clientélisme alimentent l’essentiel des caisses des partis politiques. Rien d’étonnant que les officines politiques d’avoir confiance dans cette administration-là. Pourquoi ne pas chercher à ôter aux fonctionnaires ce dégradant rôle de piquets de corruption au service des états- majors pour les retourner à leur mission classique de service public ? En édifiant un financement légal contraire au financement occulte érigé en règle au Bénin. 

La vocation de la fonction publique n’est pas d’être kleptomaniaque et indigne de confiance. C’est pourtant ce que tente de consacrer les initiatives visant à lui arracher, entre autres prérogatives, l’organisation des élections. Les grandes démocraties séculaires continuent, pourtant, de faire tenir leurs différents scrutins par l’administration publique, en l’occurrence le ministère de l’Interieur. Elles n’ont jamais éprouvé la nécessité d’entretenir de coûteuses structures à cet effet, du fait de suspicions légitimes ou non. Bien que pauvre et très très endetté, le Bénin a plutôt choisi de multiplier les machins budgétivores en proclamant, à chaque fois qu’il en crée un nouveau, avoir fait avancer la démocratie. Faire avancer la démocratie voudrait donc dire de constitutionnaliser le fait d’admettre que l’administration publique est un repère de détourneurs de deniers publics, de délinquants à blancs et de prévaricateurs.

Ah ! Démocratie béninoise avancée !!!

Par Arimi Choubadé
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