Le peuple ne fait jamais de coup d’Etat…

mercredi 10 juillet 2013 par Arimi Choubadé

 
Calculettes en main pour tous ceux qui ont applaudi la destitution de Mohamed Morsi, en Egypte le 3 juillet 2013 ; il nous faut la comptabilité exhaustive de tous les tués à l’occasion de troubles entre pro et anti Morsi. Citoyens anonymes, pour la plupart, embarqués dans un camp comme dans l’autre, place Tahrir pour les uns, l’Université du Caire pour les autres ou encore les bâtiments où seraient détenus le président « déchu » et certains de ses proches. Des excités à qui on faisait croire qu’ils comptent pour quelque chose dans les conduites des affaires de l’Etat. Au bout d’un an, on se demande à combien de révolution se trouve l’Egypte. Il y a eu la première appelant Hosni Moubarak à dégager. Ensuite, une autre contre l’armée ayant pris la place de l’ancien raïs. Une autre encore pour faire accepter les résultats des élections du 17 juin 2012 ; enfin une autre pour faire partir Morsi. Peut-être une nouvelle pour réinstaller le déchu.
 
Pluralité de révolutions donc en Egypte, révolutions d’un type bien particulier. En effet, pendant que des femmes se font violer (place Tahrir), que des Coptes se font assassiner dans leurs églises, que des gardes-frontières se font égorger dans le Sinaï, d’autres gens négocient le dépeçage du pouvoir au palais de la République. Les révolutions se suivent mais on a encore vu aucun manifestant se faire reconnaitre comme nouveau maitre. C’était déjà le cas au Bénin où les délégués à la conférence nationale de fevrier 1990 n’avaient pas été recrutés parmi les manifestants qui ont défié la garde présidentielle de Mathieu Kérékou dans les rues de Cotonou en décembre 1989. En Egypte, il suffit donc de faire remplir une place publique durant quelques jours pour estimer qu’il y a révolution. Avec les images de manifestants passées en boucle sur les chaines de télévisions internationales pendant que les chaines favorables au camp Morsi étaient toutes démantelées ; le prétexte est tout trouvé pour remettre en cause n’importe quelle légitimité y compris celle acquise par les urnes. Il parait que le nouveau déchu aurait déçu les espoirs du peuple. Un internaute faisait remarquer que Hollande continue de gouverner la France avec 30% seulement de côte de popularité donc 70% de déçus, le tout sur fond de récession et de chômage en hausse. Mais la réalité c’est que Morsi serait « islamiste » ; une abomination suivant les critères de l’axe du mal définit en Occident au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.
 
Une certitude cependant, ce n’est pas le peuple qui est installé au palais de la présidence au Caire. La preuve, malgré le coup d’Etat, les grandes villes demeurent en ébullition, les Frères musulmans refusant d’être décomptés comme des gens en dehors du peuple égyptien. Eux qui ont payé le plus lourd tribut à la répression des différents pouvoirs depuis des décennies n’entendent pas se faire virer aussi fallacieusement. La même armée célébrée en 2013 fut la même qui un an plus tôt était au sommet de la corruption, de la violation des droits de l’homme, de la répression de manifestants (ce qui a repris dès le lendemain du 03 juillet 2013). Ironie du sort, les nouveaux maitres exigent des manifestants hostiles à leur coup d’Etat de quitter les rues. Alors que c’est sous le prétexte de l’envahissement de la place Tahrir que le président élu a été sequestré. Les reportages les plus laudateurs sur cet endroit ne donnent pas plus de 4 millions de manifestants au plus fort de la mobilisation. Une kermesse de 4 millions d’individus, tous réunis en seul endroit du Caire, s’impose à une population totale de 84 millions répartis sur plus d’un million de km2 ? 
 
À voire toutes les contorsions visant à imposer des figures conformes aux normes occidentales, version El Baradaï ou à défaut Adli Mansour, plus personne ne doute de l’origine de la commande de déposer l’« islamiste » du Caire. C’est trop risqué de laisser aux portes d’Israël un barbu surtout dans un voisinage qui comprend la Syrie en cours de basculement vers les ayatollahs d’Iran et du Liban. Morsi devait partir. C’était un jeu d’enfant pour les militaires au contrôle des principaux rouages de l’économie du pays de noircir la place emblématique du Caire de jeunes oisifs, slogans et banderoles au vent. Sans oublier qu’il y avait une revanche au bout.
 
Le peuple aussi, ça se fabrique comme les marcheurs du Bénin !!!  

Par Arimi Choubadé
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