Consensus de rue…consensus à valeur constitutionnelle…

lundi 15 juillet 2013 par Arimi Choubadé

Pourquoi marchent-ils ? En tout cas pas pour le chef de l’Etat, ni pour eux-mêmes, encore moins pour leurs compatriotes. Jetés sur le macadam par temps de pluie ou sous les dards impitoyables du soleil, s’ils pouvaient seulement avoir conscience que toutes ces processions n’ont un quelconque intérêt que pour un petit, un minuscule groupe : les 7 nommés à la Cour constitutionnelle. Toute l’agitation autour de la révision, dans un camp comme dans l’autre, ne sert en réalité qu’à impressionner ces 7 personnes. Au bout du processus, il revient à eux seuls de dire si le « consensus » érigé en valeur constitutionnelle est réalisé ou pas. Peut-être que le nombre de kilomètres avalés ou l’éloquence des liseurs de motions réussirait à susciter la conviction des juges. Ainsi pour apprécier l’effectivité du consensus, la Cour constitutionnelle devrait s’inspirer de l’ampleur des processions, commune par commune, arrondissement par arrondissement, quartier par quartier, hameau par hameau, de tous ces pauvres hères hurlant et exhibant des pancartes portant des mentions indéchiffrables par leurs propres porteurs. A espérer qu’ils se sont assurés que chaque « sage » possède un poste téléviseur et s’est câblé sur la bonne chaine de télévision aux fins de tenir une comptabilité correcte du rush sur les macadams.

Maires, préfets et autres autorités administratives ayant reçu des motions de marcheurs feraient également diligence pour adresser des rapports exhaustifs à la Cour constitutionnelle. En l’absence de définition juridique claire du « consensus national », les sages pourraient trancher sur la base de ces comptes rendus authentiques venus du Bénin profond mais surtout des reportages et des coupures de presse sur le sujet. Ce ne serait d’ailleurs pas une première innovation en matière d’arbitrage constitutionnel. Impensable, en effet, que des gens aient dépensé tout cet argent, pris tous ces risques (ministres, députés et cadres obligés de parcourir des milliers de km pour rallier leurs fiefs présumés), perdu tout ce temps normalement à consacrer au service de l’Etat, pour rien. Il faudrait bien que quelqu’un en tire les conséquences.

Néanmoins, à défaut d’une définition juridique constitutionnelle claire du consensus, la décision Dcc 06-74 du 08 juillet 2006 a quand même évoqué une référence assez solide à savoir les « idéaux qui ont présidé à l’adoption de la constitution du 11 décembre 1990 ». Extraits qui renvoient immanquablement à la conférence nationale de février 1990 où les balises du texte définitif adopté avaient été esquissées. C’est peut-être là la mauvaise nouvelle pour les révisionnistes ! Aucune marche, aucune motion de soutien, aucun publi-reportage n’avait fondé ce consensus lors de l’historique conférence nationale. L’esprit en question fut le fruit de négociations, de conciliabules, de compromis voire d’arbitrages entre 500 délégués supposés représentatifs de l’ensemble des partis et sensibilités politiques ainsi que de la société civile réunis durant 10 jours à l’hôtel Plm Alédjo de Cotonou.

Accordons aux révisionnistes la bonne foi de rechercher un certain consensus dans les rues en déployant de considérables moyens logistiques. Mais malheureusement, ce consensus-là n’a rien à voir avec celui du Plm Alédjo en 1990. Ils seraient mieux inspirés en demandant au locataire de la Marina de faire arrêter les frais au plus tôt en ramenant tout le monde au service de la République en l’occurrence pour les ministres marcheurs. Ensuite de prendre l’initiative de consultations tous azimuts, y compris avec ses délateurs les plus résolus en conformité avec l’esprit de la conférence nationale. Bien que le dernier mot de l’interprétation revienne à Holo et compagnie.

Or, avec ses messieurs, il vaut mieux ne pas faire de pronostic…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1209-consensus-de-rue-consensus-a.html

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