On ne marche que pour Yayi

jeudi 4 octobre 2007 par Arimi Choubadé

Tous les espaces pour le Yayisme. Ce n’est plus assez de bouter progressivement tout insoumis hors des postes de commandement de l’administration, des institutions et même des plateaux de médias. Personne ne doit plus occuper le moindre espace, surtout les rues, sans montrer patte blanche. Impossible d’imaginer, dans un Bénin émergent, la moindre manifestation publique non estampillée changement. Le maire de Cotonou est en train de s’en rendre compte à ses dépens. Lui qui a osé se faire vedette de deux processions interminables successives des femmes des marchés puis des zémidjans et taximen, dans les rues de Cotonou en deux semaines. L’audace de trop.

Les amateurs de dérision rigolent chaque matin de tous les noms d’oiseau dont on affuble l’ancien président de la République dans les médias sous contrat. Le syndrome 1996 n’aurait jamais existé ; les projets de construction et de modernisation des marchés n’auraient jamais été interrompus ; la source de la prime à la démocratie n’aurait jamais été tarie ; la filière coton qui conditionne les perspectives économiques du Bénin ne serait pas dans le gouffre ; les équilibres macro économiques n’auraient pas été rompus ; la croissance économique n’aurait pas amorcé une chute drastique ; tout cela depuis la fin du règne du premier régime de l’ère du renouveau démocratique.

Les inquiétudes exprimées dans les rues de Cotonou par des femmes des marchés suivies quelques jours plus tard des zémidjans ne seraient qu’un grotesque montage payé à prix d’or. En définitive, Soglo qui dispose au sein du conseil municipal de plus d’une trentaine d’élus sur 45 ne pouvait s’offrir des bains de foule de l’ampleur de ceux qui rendent dingues les gardiens autoproclamés du temple par excellence du changement : les rues.

Les députés sous procurations peuvent marcher. Les riches ministres dont les émoluments ont été triplés, les maires vendeurs de parcelles peuvent marcher. Le chef de l’Etat peut marcher pour se soutenir lui-même. Du patriotisme tout cela tant qu’aucun autre objectif ne vient faire ombrage au yayisme. Que des jeunes mineurs soient abusés et exposés sous la pluie, que des femmes soient appâtées par une opportuniste opération de micro crédit, qu’on promette de l’emploi à des déscolarisés dans le seul dessein de mobiliser du monde pour une marche de soutien au gouvernement : du patriotisme. A peine si quelques larmes sont versées sur les dégâts collatéraux des bruyantes randonnées de nos princes à l’instar de la bavure de Ouidah (deux tués) ou de la fillette écrasée par un cortège du président de l’Assemblée nationale à Comè. Du patriotisme.

Une bonne nouvelle cependant pour les aficionados de Soglo. Les productions de médias révèlent que cette fois-ci, les Soglo dépensent et arrosent les marcheurs d’espèces sonnantes et trébuchantes. Eux qui ont toujours perdu des voix pour essoufflement d’ordre financier semblent enfin capables de se défendre, armes à la main.

Seul petit coin d’ombre au tableau, c’est la persistance d’une belligérance virtuelle entre Yayi Boni et Soglo, nourrie et entretenue par ceux que tout le monde connaît. Une revanche dans l’air. Ce qui donne une détestable image de la traditionnelle cohabitation entre le prince en fonction et ses prédécesseurs.

Parce qu’on ne devrait marcher que pour Yayi Boni.

Par Arimi Choubadé
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