La dictature du coton sur le panier de la misère !!!

lundi 22 juillet 2013 par Arimi Choubadé

Maïs, gari (farine de manioc), igname, huile d’arachide, haricot ; toutes ces denrées très prisées des Béninois ont un point commun : toutes, sans exception, plus chères à la mesure (kg, ou litre) que le coton. S’y ajoutent les produits congelés de qualité douteuse ayant détrôné depuis des lustres les produits vifs locaux devenus un luxe. Mais l’exercice n’a pas pour objet de revenir sur l’amaigrissement et la dégradation de la qualité du panier (ou plutôt du sachet) de la ménagère. Il y a pire que ça ; aucune de ces denrées ne parvient à rivaliser avec le coton dans les plans des princes qui nous gouvernent. Et malgré sa posture privilégiée, la touffe blanche continue de mobiliser ministres, députés, maires, notables, partenaires au développement et même médias. Les caisses de l’Etat y engloutissent d’énormes ressources chaque année. Au point où parler de campagne agricole au Bénin revient tout bonnement à parler de campagne cotonnière. Or jusque là, personne dans le pays n’a encore songé à porter ce produit agricole sur sa table à manger.

Le plus dramatique c’est l’envolée du prix du gari, considérée depuis toujours comme la nourriture du pauvre, jusqu’à 600 Fcfa le kg. Encore plus que le riz généralement en provenance de l’Asie. L’artiste Somadjè Gbesso devait d’ailleurs revoir sa célère chanson invitant les ménages les plus vulnérables à se réfugier derrière la farine des pauvres. La dictature du coton est passée par là. A lui seul (coton) les terres, les subventions, les batailles autour des marchés d’intrant, les machines agricoles, la mobilisation des paysans, les tournées gouvernementales voire les intrigues politiques (tentatives d’empoisonnement du chef de l’Etat et de coup d’Etat). Les officiels ne se cachent plus de débaucher ouvertement les producteurs de produits vivriers en faveur du prétendu or blanc grâce à des mesures incitatives et une propagande pro-coton très agressive. Tant pis si la fringale et la famine poursuivent les populations jusqu’à leurs derniers retranchements.

Sans attribuer aux gouvernants le dessein de vouloir affamer leurs propres citoyens, leur démarche interpelle à plus d’un titre. La seule logique qui semble les motiver demeure le renflouement des caisses de l’Etat. Plus de tonnage de coton exporté depuis le port de Cotonou procurerait plus de rentrées fiscales et de devises. Perspective qui aurait dû réjouir tout le monde puisque le pays deviendrait plus riche et donc plus capable de faire face à ses tâches de développement. Si et seulement s’il n’y avait pas les 14 milliards du chantier abandonné du nouveau siège de l’Assemblée nationale (musée national de la corruption), les 40 milliards de la centrale de Maria Gléta, les autres milliards des logements sociaux inachevés à Lokossa, Calavi, Adjarra etc… L’autosuffisance alimentaire subir alors une double dictature, celle du coton et celle plus abjecte des éléphants blancs.

Reste une dernière alternative. Peut-être une découverte révolutionnaire des nutritionnistes sur le moyen de rendre comestible les touffes de coton. Pour permettre aux citoyens de ne plus attendre que les cales de navire bourrés de coton envoyées du port de Cotonou reviennent remplis de sac de riz et de maïs avant de pouvoir se nourrir. L’occasion est venue de démontrer le fameux génie béninois. Mais pour l’heure, aucune parade ne semble capable d’empêcher les plus faibles d’être de plus en plus dénutris, affamés et malnutris. Le coton, lui, plane en tête et ravi toujours la vedette dans les débats en conseil des ministres. Le sachet de la ménagère quant à lui…

Le coton, encore le coton, toujours le coton…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1212-la-dictature-du-coton-sur-le.html

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