Ce n’est pas Rékya qui a changé…

mercredi 7 août 2013 par Arimi Choubadé

Tout le monde est unanime ; Rékya Madougou n’a pris aucune ride et a gardé une toilette toujours aussi soignée – malgré deux maternités, un changement de statut matrimonial, un long séjour au gouvernement et tout le reste. C’est la même qui défendait ses célèbres panneaux géants « Touche pas ma constitution », avec fougue et ferveur sous le régime de l’autre. Personnellement, j’avais imaginé et je le crois toujours d’ailleurs qu’elle était la seule personne au sein de la mouvance Fcbe à pouvoir dire niet au projet de révision de la constitution. Parce qu’elle en avait la témérité, le bagout et la stature nécessaires pour le faire. Elle n’avait même pas à réinventer un autre discours en dehors de celui qui a fait fureur en 2005 : Pas de révision en fin de deuxième mandat ! Pas de révision en catimini ! Pas davantage de révision sans débat national ! On pensait qu’elle allait retrouver tous ses fondamentaux du « non » à Kérékou au bout de quelques minutes d’émission sur Canal 3. Elle n’avait qu’à ajouter le « non » à Yayi pour parachever son CV. A l’image du mémorable pied de nez de son ami Rama Yade à la droitisation de son ex-mentor, Nicolas Sarkozy à la présidentielle française de 2012. Hélas !

Quelque chose a quand même changé. Petit détail symptomatique : le sourire figé de l’égérie sur le petit écran durant presque toute l’émission. Rékya sans son légendaire sourire ! Inquiétant ! Même au plus fort de l’adversité sous le régime défunt cela était demeuré l’arme fatale. Ses adversaires n’y pouvaient rien. Le peuple était à ses pieds ; la verve, la détermination et la flamboyance faisaient le reste. En 2005, la dame se savait aduler par la masse ; la frêle battante opposée au grand général, dictateur sanguinaire dans une autre vie, reconverti de fraiche date à la démocratie, et à qui on attribuait la volonté de mourir au pouvoir. C’est donc aux trousses de cette « petite » que la République a déployé son armée, ses services de renseignements, ses ministres, ses courtisans... La populace a vite fait son choix : Rékya Madougou. Il n’y avait pas encore Yedo. Le peuple en était amoureux et n’avait d’ouïe que pour elle. Rideau !

Cette fois-ci, après le soir du 04 aout 2013, la ministresse savait qu’elle venait de changer de côté, passant de chez les faibles pour les puissants. Le peuple amoindri contre un pouvoir qui ne lui a pas donné le pain, le changement, l’émergence, la croissance à deux chiffres promis. Le combat n’est plus celui de la parole puisque tous les plateaux de télévision, de radio et les espaces de journaux lui sont largement ouverts. Mon excellentissime confrère, André Dossa n’a pas manqué de rajouter facebook et les réseaux sociaux. N’oublions pas les marches de soutien, la majorité parlementaire, les institutions de la République et tous les autres atouts. Goliath et David semblent avoir permuté les positions. Plein gaz pour la révision à marche forcée !

A propos du défi juridique, retenons que les seuls à décréter une nouvelle République ou pas ce sont les 7 sages de la Cour constitutionnelle et non un journaleux de mon acabit encore moins un expert constitutionnaliste ou un super Garde des Sceaux. Seule innovation, néanmoins, à attribuer aux réviseurs du présent c’est la propension à nous sortir une constitution « bric-à-brac » dans laquelle on veut tout jeter : initiative populaire (déjà prévu au règlement intérieur de l’Assemblée nationale sous l’appellation de pétition), imprescriptibilité des crimes économiques (inscrite dans loi anti-corruption), Cena (insérée dans nouveau code électoral). Il ne reste que l’envie de réviser ; sait-on jamais en 2016… Mais où diantre est passée la proposition de Sacca Lafia préconisant l’organisation du référendum le même jour que la présidentielle de 2016 afin d’ôter toute perspective de 3ème mandat aussi bien au sortant qu’à l’entrant ?

Gaston Zossou, quant à lui, ne pouvait espérer mieux que le mépris de la ministresse lorsqu’on se souvient de tout ce qu’elle a subi de la part de ce « martyr » du mercredi rouge au moment où les affiches antirévisionnistes déclenchaient l’urticaire à la Marina.

Ce n’est donc pas Rékya qui a changé mais les enjeux !!!

Par Arimi Choubadé
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