La rentrée a lieu

vendredi 5 octobre 2007 par Arimi Choubadé

Çà y est ! Le Bénin est sauvé ! Écoliers, élèves et étudiants ont repris le chemin des écoles. Les séances jubilatoires n’arrêtent plus. Congratulations, louanges, remerciements se succèdent sur la place publique. A s’y méprendre, on se croirait revenir au jour de la déclaration d’indépendance. On parle de victoire, de patriotisme (en passe de devenir le mot du quinquennat), de paix, de bénédiction. Que veut le peuple ? La joie et le bonheur.

Tout le monde aura remarqué, ces derniers jours, ce qui reste de la qualité du débat public. Un sujet aussi délicat que l’éducation nationale livré à la vindicte populaire. Aucun plateau de médias n’a été mis à contribution pour tenir des confrontations d’idées. L’ère de la succession des monologues inaugurée depuis le régime Kérékou a connu ses heures de gloires dans cette crise de la rentrée. Représentants du pouvoir et enseignants s’alternent sur les canaux de diffusion sans jamais se rencontrer.

Pour être plus juste, on a beaucoup plus entendu et vu les partisans d’une reprise, coûte que coûte, que les autres. Bienheureux qu’il s’est trouvé quelques rares tribunes audiovisuelles pour tenter d’établir un virtuel équilibre. Curieux spectacle que celui des spécialistes opposés à des gens qui n’ont que pour tout argumentaire l’émotif, le pathétique, le sensationnel ou la désinformation. C’est-à-dire d’un côté des praticiens de l’éducation nationale, et de l’autre des politiques relayés par des agitateurs d’opinion. À travers une représentation unique ponctuée d’un lyrisme d’un genre particulier.

Les vrais connaisseurs de la science de l’enseignement demandent un décalage de la date de reprise pour des raisons évidentes d’impréparation et d’improvisation. On leur oppose une implacable propagande d’Etat menée par un bataillon de ministres aidée d’une clameur publique confuse. Ne parlons pas des sermons télévisés de patriarches parés de leurs plus sacrées reliques et du bain forcé infligé aux petits élèves et écoliers en soutien au président de la République sous une pluie battante dans les rues de Cotonou. Après tout cela, il ne reste que le supplice du collier (le rituel qui consiste à mettre un pneu enflammé autour du cou d’un condamné) pour tous les téméraires d’un minimum avant toute reprise.

Aucune importance qu’on utilise des jeunes déscolarisés sans le moindre rudiment pédagogique dans des salles pléthoriques et insalubres. Oublié l’échec scolaire massif de la dernière année académique. Pourvu que la rentrée se fasse. On croyait le temps des générations sacrifiées révolu. Hélas ! A de demander si l’opération consiste à satisfaire des parents d’élèves pressés de rejeter la besogne de l’éducation de leur progéniture sur les enseignants ou s’il s’agit de l’avenir d’enfants livrés à l’incompétence avérée de ceux chargés d’appliquer les programmes d’enseignement.

Les classes ont repris et déjà tous les regards sont tournés vers la prochaine crise. On ne refera pas l’histoire. A présent, l’émotionnel peut se tasser enfin et laisser la place à un véritable débat, cette fois-ci sans artifice et sans faux-fuyant. Réclamer deux semaines de formation pour des enseignants contractuels locaux dépourvus de toute formation ne menace aucun régime et par ricochet aucun portefeuille ministériel. Le monopole de l’amour paternel ou filial n’est souvent pas du côté que l’on croit.

Nous sommes tous Béninois !

Par Arimi Choubadé
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