La malédiction du coton a-t-elle déjà commencé ???

lundi 19 août 2013 par Arimi Choubadé

Implorer Dieu pour libérer les écluses du ciel. Ce n’est pas une prière sortie du dôme d’une mosquée ou de la nef d’une église encore moins du sanctuaire d’un temple ou d’un couvent. Elle sort tout droit de la présidence de la République du Bénin, du palais de la Marina plus précisément. Un communiqué du secrétaire général du gouvernement exhortant tout bonnement les citoyens à redoubler de supplications envers le très haut pour faire tomber la pluie sur le bassin cotonnier. Peut-être un indice sur les raisons du démantèlement du grand ministère de l’Environnement avec la naissance du département du Changement climatique confié à un des grands prédicateurs du gouvernement, c’est-à-dire quelqu’un qui sait parler à Dieu, probablement à la pluie aussi. De manière à sauver la compagne cotonnière, et par ricochet, le taux de croissance économique très malmené ces dernières années.

Ce qui était apparu comme un simple caprice du ciel se transforme progressivement en un véritable phénomène durable. En effet, les piètres performances cotonnières à Banikoara et environs, au titre de la campagne 2012-2013, avaient été mises sur le compte de la baisse « circonstancielle » de la pluviométrie. Ecueil à vite dissiper dès la saison suivante, pensait-on. Nous voici réduits à solliciter l’aide de Dieu et des mânes de nos ancêtres pour améliorer la fréquence des pluies sur les champs. Un œcuménisme d’État sur la pluie habituellement observé dans le sahel. Des signes annonciateurs d’un péril réel sur le bassin cotonnier ? Si la touffe blanche se plaint d’être aussi peu arrosée qu’en diraient les semences vivrières (igname, maïs, mil, sorgho etc…) ? Le péril d’un faible taux de croissance n’est rien à côté de celui d’une famine généralisée avec son cortège de misère et de désolation menaçant l’ensemble du pays.

Encore une fois, nos princes feignent d’être surpris par la tournure prise par les agitations autour du coton. Tout le monde savait, depuis plusieurs années, que cette culture était suicidaire pour le Bénin. Le président Soglo qui en était l’un des grands précurseurs envisageait d’ailleurs de la remplacer progressivement par d’autres filières agricoles moins nuisibles pour l’écosystème. Un pays qui ne dispose pas d’un sous-sol généreux ne pouvait se permettre de sacrifier son sol pour faire vivre l’industrie textile d’autres pays beaucoup plus prospères que lui tels que les États-Unis d’Amérique, la Chine, l’Inde et l’Europe. Ce n’est pas la pluie qui menacerait le coton mais le contraire. C’est parce qu’on produit trop de coton qu’il ne pleut plus. Banikoara et environs subissent depuis de nombreuses décennies la destruction de son couvert végétal au profit de nouvelles emblavures. Il n’y existe presque plus de kapokier, de néré, de baobab, de karité, d’anacardier, de manguiers parce qu’il faut plus d’espace pour l’or dit blanc. Des arbres centenaires littéralement liquidés au nom du coton et de la croissance économique au risque de perturber l’équilibre écologique et la pluviométrie.

En d’autres termes, la coexistence entre la pluie et le coton est à bout. Au risque de perdre, pour très longtemps, et le coton et la pluie. Au Bénin de choisir désormais entre la pluie et le coton. Avoir les deux simultanément relève d’un miracle et seul Dieu en est vraiment capable. Mais alors, il vaut mieux déserter les bureaux de l’administration publique et converger quotidiennement les fonctionnaires vers les lieux de prières. Pendant qu’il est encore temps, on gagnerait à rechercher des terres d’accueil pour les futurs sinistrés du bassin cotonnier vers des régions moins affectées par ce phénomène. Bientôt des exilés du coton !

Normal que le ciel se fâche…

Par Arimi Choubadé
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