La fin des derniers remparts ???

lundi 26 août 2013 par Arimi Choubadé

Tous dans la mêlée de la révision constitutionnelle. Des prestataires de marche de soutien aux présidents des institutions en passant par les élus locaux, les médias, les députés, les ministres, les courtisans de tous bords, les dignitaires de cultes traditionnels, les syndicats, le patronat, le clergé catholique, des dignitaires musulmans. Bref, tout (ou presque) ce que la République compte de corps constitués, d’administratifs, de politiques, de religieux, de laïcs, de sacrés, d’impies ; tous dans la danse révisionniste (anti comme pro). A l’exception notable cependant des deux plus grands partis (le Prd et la Rb) qui jouent encore les prolongations avant de trancher entre le oui ou le non. Pour le moment l’un, la Rb se dit opposée à toute révision opportuniste et l’autre, le Prd, exige une large consultation. En dehors donc de ces quelques nuances en pointillés, presque tout le reste s’est aligné.

Ce qui frappe les esprits, ce n’est pas tant les esbroufes à répétitions dans chacun des camps en présence. Les consciences sont plutôt tétanisées par l’absence de retenu, l’envie d’en découdre avec les contradicteurs voire l’extrémisme. Que le clergé catholique, des dignitaires musulmans (deux exactement) et ou le collectif des présidents d’institution en arrivent à alimenter la polémique au lieu de la dissiper préoccupe beaucoup les citoyens, impuissants et désabusés. La conférence épiscopale ne saurait désormais revendiquer être au dessus de la mêlée après s’être fait contredire par le chef de l’Etat en personne puis avoir essuyé le courroux de deux personnalités se réclamant de l’Union Islamique du Bénin. De la même manière que les présidents d’institution ont pris de gros risques quant à leur crédibilité déjà chancelante en se livrant carrément à une opération de justification "des efforts de consensus" du gouvernement dans sa quête d’une révision de la constitution. On pourrait parler des attaques indécentes des deux dignitaires musulmans de l’Uib aux allures d’une guerre des confessions religieuses qui ne dit pas son nom.

Il est désormais établi qu’au Bénin, le clergé catholique peut se permettre des jugements de valeur ("douteux", "contesté") sur des affaires non encore définitivement jugées. Que des personnalités, au nom de l’Islam, pourraient s’en prendre à l’Eglise catholique dans un pays présumé havre de paix et de coexistence pacifique entre les religions. Que enfin des présidents d’institution pourraient s’investir du rôle de griot de l’action gouvernementale en plein régime de séparations des pouvoirs. Tout cela parce qu’on veut réviser la loi fondamentale. Rien que ça. La fin des tabous. Confirmant ainsi à quel point le pays peine à trouver en son sein les ressources intellectuelles et morales nécessaires face aux défis. Les propositions sensées et moins polémistes n’intéressent plus personne à l’instar de celle d’un député de la mouvance présidentielle qui suggérait de tenir la présidentielle de 2016 et le référendum constitutionnel à la même date afin d’éviter qu’aussi bien le président sortant que le nouvel élu ne puissent prétendre briguer plus de deux mandats. Tant qu’une déclaration ne célèbre pas les invectives, les sous-entendus, les déviances ou les polémiques, elle ne présente aucun intérêt pour la République ; au pays de la gouvernance à crises cycliques.

Conscients de cette récurrente pauvreté morale et intellectuelle, les Béninois aurait dû emprunter le chemin de l’humilité en cherchant à faire comme cela se fait partout en démocratie lorsqu’il faut procéder à des réformes institutionnelles. Jamais on a appris qu’en France ou aux États-Unis, les gens ont eu recours aux églises, à la société civile, aux syndicats, aux opérateurs économiques, aux marcheurs professionnels pour réviser la constitution. C’est un exercice exclusivement réservé aux partis politiques. Admettons qu’au Bénin, il n’en existe pas de républicain et de crédible du fait de l’opacité qui entoure leur financement et leur fonctionnement. Pourquoi alors ne pas sursoir à tout cet égarement collectif et commencer par réformer les partis en attendant qu’ils soient capables d’aborder, en toute responsabilité, les questions de réformes institutionnelles ? Au lieu d’exposer tous les sanctuaires et refuges identitaires du peuple à la chienlit, pour si peu.

Nous voici sans repères et sans guides impartiaux, au nom de la révision !!!

Par Arimi Choubadé
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