La République des présidents ???

mercredi 28 août 2013 par Arimi Choubadé

Les délégués à la conférence nationale avaient rêvé d’une République de séparation nette des pouvoirs, un régime présidentiel fort. Ils étaient loin de se douter que cela se transformerait, en deux décennies seulement, en une République de confusion des pouvoirs. Un régime où gouvernement, parlement, juges, régulateurs de médias, société civile fileraient le parfait amour au sein d’un creuset au nom très poétique : « conférences des présidents », avec porte-parole de prestige, le très « heureux salarié » professeur d’université, Théodore Holo, président de la Cour constitutionnelle. Première conséquence de droit de cette collusion, inédite en démocratie : le président de la Cour constitutionnelle peut désormais indiquer, à l’avance, les prémices d’une décision à venir. Dans le cas du projet de révision par exemple, Holo a déjà balisé le champ de son aboutissement : il suffit de communiquer. Aux révisionnistes de prendre en compte ce précieux conseil en multipliant les marches de soutien, les prières publiques, les déclarations publiques, le tout abondamment relayé par tous les moyens de « communication » notamment la télévision publique.

Le président des sages ne s’est pas privé de citer l’exemple des maires déjà sensibilisés, selon lui. Certainement qu’il en a suivi le reportage à la télévision. Dans la foulé, le bureau du parlement s’est empressé de publier un communiqué sensé faire baisser la tension suivant les recommandations de Holo. Impensable que les autres institutions ne suivent pas le mouvement ; de sorte que la Cour constitutionnelle puisse valider, à terme, la révision ; du moins dès que son président déciderait que sa consigne visant à le déficit de communication autour du projet a été bien suivi. Le défaut de consensus est donc en passe de se muer en défaut de communication. Pour parvenir au consensus, il suffirait aux révisionnistes d’intensifier la communication et prendre d’assaut tous les moyens de communication mais surtout en empêchant, par tous les moyens, leurs adversaires de leur tenir la dragée haute sur le terrain et dans les médias.

Personne ne peut cependant reprocher au porte-parole des présidents de manquer d’honnêteté dans ses analyses. Son opinion se serait forgée sur la base de comptes rendus et autres rapports provenant des autres institutions en l’occurrence le gouvernement ainsi que les organismes internationaux et représentations diplomatiques. Mais il semble minorer un protagoniste très important dans toute démocratie à savoir les adversaires du gouvernement. La Cour devrait être un recours ultime aussi bien pour le gouvernement que pour tous les citoyens. Holo très prompts à prodiguer des conseils aux révisionnistes qu’il exhorte à communiquer plus, devrait consulter les anti-révisionnistes également et leur prodiguer, aussi, de sages recommandations.

Le Bénin, encore une fois, est confronté à ses limites intellectuelles et morales. Dans tous les pays modernes, les institutions ont des cahiers de charges. Or la première institution consacrée par la constitution en son article 5 c’est le parti politique qui fournit l’essentiel des membres des autres institutions (gouvernement, parlement, Haac, Cour constitutionnelle etc…). La conférence des présidents ne devrait donc pas usurper aussi ostensiblement le rôle dévolu aux partis en tant qu’animateurs exclusifs de la vie publique nationale. Les conférences de presse, les concertations, les communiqués de presse, les propositions, les plans d’action sont l’apanage des partis politiques. Les présidents d’institutions n’ont pas de légitimité en dehors de celle que leur confère les partis qui ont contribué à leur désignation ou à leur cooptation.

En démocratie, les partis politiques ne sauraient être facultatifs…

Par Arimi Choubadé
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