Touche pas mon "musée national de la corruption" !!!

mercredi 25 septembre 2013 par Arimi Choubadé

Des bulldozers et de la dynamite à l’assaut du chantier de construction du nouveau siège de l’Assemblée nationale. Une récurrente éventualité professée au plus haut sommet de l’Etat. Perspective très mal perçue, néanmoins, par au moins une personne : Candide Azannaï, favorable plutôt à une approche anti corruption plus pédagogique, faisant du site un véritable monument dénommé "Musée national de la corruption". Un lieu où tous les citoyens viendraient se faire une idée idée exacte de l’état de la prédation des deniers publics. Le monstre est visible à plusieurs kilomètres à la ronde avec ses murs nus et ses grues suspendues au dessus du chantier. Il suffit d’enjamber le seul pont d’accès à la ville de Porto-Novo, en provenance de Cotonou, pour admirer l’hideuse bâtisse dressée au bord de la lagune. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de descendre du pont ou du véhicule avant d’en avoir une vue panoramique, en quelques fractions de seconde.

Techniquement, aucune expertise n’a pu convaincre, jusque-là, de la rentabilité d’une quelconque opération de sauvetage du site. L’hypothèse d’un probable achèvement des travaux est synonyme de frais supplémentaires forcement exorbitants : travaux confortatifs, achèvement des gros travaux, finition. Plusieurs autres milliards en perspective sans aucun espoir que cette fois-ci les fonds décaissés ne subissent pas les assauts des mêmes cadres corrompus que ceux qui en avaient la charge auparavant. Reste l’hypothèse d’une destruction du site. Autre éventualité redoutable car nécessitant également un coût non négligeable. De l’argent pour détruire, alors que pour quelques 13 milliards le pays est en passe de mettre sa démocratie en péril parce que incapable d’organiser la moindre élection pour défaut de liste électorale fiable.

Par contre, aucun décaissement supplémentaire ne serait nécessaire en cas de statut quo. Sans compter le symbolisme pédagogique de ce gâchis à ciel ouvert et accessible à tous. L’exemple à ne pas suivre. En effet, il faut bien que l’histoire des grandes corruptions de ce pays soit connue de tous ses fils. Le parcours de ce projet de construction du nouveau siège du parlement devrait servir de leçon à tous ceux qui rêvent d’un bannissement du fléau des mœurs des gouvernants : un ministre en fonction qui séjourne plusieurs jours dans les locaux de la police avant de retourner penaud à son bureau ; des députés qui prennent des centaines de millions de marchés sur le chantier pendant qu’ils étaient sensés être contre le gouvernement ; une construction mis en chantier en procédure d’urgence sur la base d’une ordonnance présidentielle sur le collectif budgétaire 2008 rejeté par la majorité parlementaire de l’époque. Tout cela ne peut être livrés aussi facilement aux bulldozers et aux pelleteuses.

De toutes les façons, la fin de ce musée national de la corruption n’est pas pour très bientôt. Impensable de voir le gouvernement engloutir, à nouveau, beaucoup de deniers publics soit pour l’achever soit pour le détruire sans avoir solder le casse-tête de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) en souffrance. Effacer toute trace de 14 milliards de gravats, de bétons et de ferraille n’est pas chose aisée même si une grande partie de l’argent aurait alimenté des réseaux douteux. Pendant un moment encore les usagers du pont de Porto-Novo pourraient scruter ce symbole de la corruption qui gangrène la gouvernance publique au Bénin depuis plusieurs décennies avec peut-être une ampleur jamais égalée ces derniers temps.

Tous au pont de Porto-Novo pour voir la corruption !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1243-touche-pas-mon-musee-national-de.html

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?