Du kpayo informel au kpayo militaire ???

lundi 21 octobre 2013 par Arimi Choubadé

Le "kpayo" des militaires, pour ne pas dire le "kpayo" officiel, vous connaissez ? Au commencement était le carburant frauduleusement introduit sur le territoire béninois et vendu en vrac sur des étalages sauvages par des anonymes. Un commerce sans visage, sans règle, hors du temps, sans frontière, sans âge. Jusqu’à la dernière vague de répression tous azimuts par la force publique. Ce qui crée désormais de nouveaux acteurs : gendarmes, policiers, douaniers, militaires, sapeurs pompiers, tout ce que le pays comporte de représentants de la puissance publique. Des éradicateurs dont l’entrée en scène devrait, logiquement, faire disparaître le trafic ou tout au moins le faire baisser considérablement. Or, le "kpayo", lui, est toujours présent ; sur les étalages (entre deux descentes policières), dans les réservoirs, au bord des rues. Vendu en vrac, saisi ou recyclé, il est bien là.

Les initiateurs de la répression doivent les premiers se demander s’ils avaient eu l’inspiration heureuse de lancer la troupe à l’assaut du phénomène vu les échos qui remontent du terrain. Arraisonnement des cargaisons, saisis de stocks, démantèlements de réseaux, traques des barons, ultimatums, négociations ; rien n’a pu freiner le phénomène. Pas même les nombreuses violences et voies de fait ayant occasionné des pertes en vies humaines et des dégâts matériels considérables. Davantage pas de succès aux promesses d’investissement faites par le chef de l’Etat au profit des nids du trafic ; 50 milliards à déverser en l’espace de 4 mois dans l’éradication. Mais toujours aucun impact significatif.

Quelques observations cependant. Peut-être une incapacité intellectuelle criarde qui empêche l’ensemble des pouvoirs publics béninois de trouver la formule capable de remédier à une pratique que l’on dit pourtant très préjudiciable pour les caisses de l’Etat. Ou une incapacité chronique des forces de défense et de sécurité face à un trafic informel. Ou encore un niveau d’incivisme tel que les approches des gouvernants se heurtent systématiquement à un rejet catégorique des populations. Peut-être aussi (et c’est ce que croient beaucoup de citoyens) une déviance des agents publics envoyés à la répression pour ne pas parler de complaisance voire de complicité coupable avec plusieurs réseaux mafieux.

En effet, grâce à cette lutte, est apparu sur le marché béninois, le nouveau "kpayo", celui des forces de l’ordre. Il s’agit des produits saisis dont la traçabilité suscite de nombreuses polémiques. Des officiels dont le directeur général de la douane ont tenté de dévoiler un coin de voile en reconnaissant, sur les plateaux de télévision, que les produits saisis alimenteraient aussi bien le trésor public que les caisses de la Sonacop. Après cette hasardeuse sortie, plus aucun représentant de l’Etat n’a osé le répéter au risque d’horripiler les autorités du Nigeria, victime réelle de ce pillage transfrontalier de sa principale ressource naturelle. D’autres interrogations persistent également sur l’utilisation réelle de ce "kpayo officiel" lorsque des agents publics se font surprendre en train de verser directement les fruits des rafles dans leurs véhicules personnels. Parfois ce sont de petits trafiquants qui se plaignent d’avoir été arnaqués ou escroqués par ceux envoyés saisir leurs étalages. Un brin d’immoralité transparait, cependant, à travers tout cela lorsqu’on constate d’un côté des désœuvrés engagés dans un trafic dangereux au péril de leur santé et de leur vie ; et de l’autre des fonctionnaires d’Etat privilégiés, payés, entretenus, habillés, armés par nos impôts et qui profiteraient avec autant d’indécence du malheur de ces pauvres hères.

Le kpayo n’est plus seulement informel désormais...

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1255-du-kpayo-informel-au-kpayo.html

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