Les mensonges du 26 octobre...

vendredi 25 octobre 2013 par Arimi Choubadé

Exécutions sommaires, assassinats, enlèvements, déportations de prétendus sorciers, exiles forcés, détournements massifs de deniers publics, crimes écologiques contre des arbres centenaires au nom de la lutte contre la sorcellerie, tortures. Toutes ces horreurs commises entre le 26 octobre 1972 et février 1990 amnistiées. Au nom de la protection de la révolution marxiste léniniste. Interdiction formelle d’ailleurs d’en parler sur la place publique sous peine de sanction de la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication. Pas question pour les victimes, leurs proches ou même de simples témoins des 17 années de terreur de partager ces moments cruels avec leurs compatriotes à travers les médias locaux. Au pays inventeur de la conférence nationale, berceau de la démocratie, la plus grande menace à la paix serait la vérité sur le passé du pays.

Mais l’interdiction et l’impasse sur la vérité est loin d’être absolue et totale. Il existe une autre "vérité" libre de toute expression et de toute propagande, celle des bourreaux et affidés. Ainsi, les auteurs et complices des crimes de sang et des crimes économiques, eux, sont admis à vanter et à revendiquer ce qu’ils considèrent être de hauts faits de gouvernance. Houdou Ali, ancien ministre de la révolution peut venir louanger à longueur de 26 octobre, les "bienfaits" du régime ayant versé le plus de sang de ses concitoyens. Avec une pointe d’arrogance et de mépris pour les victimes d’hier, sur tous les médias du pays sans se faire "censurer". Par contre, impossible pour l’ancien bagnard, Janvier Assogba de faire part à l’opinion publique de comment il a souffert dans sa chair et dans son âme de sa décennie et demi de détention arbitraire ; de comment il a assisté impuissant à la déchéance de son foyer conjugal ; des séquelles qu’il traîne encore de ce passage en enfer ; de ses ressentiments lorsqu’il voit comment ses bourreaux sont adulés, promus, célébrés par la République pendant que lui et ses compagnons rescapés sont relégués aux archives étouffées de l’histoire politique du Dahomey puis du Bénin.

"Tout peuple qui oublie son passé, se condamne à le revivre" disait l’homme d’Etat anglais Winston Churchill. D’où les interrogations sur la portée pédagogique de ces mensonges du 26 octobre. Des compatriotes ont été tués, torturés, exilés, spoliés, humiliés, sacrifiés pour que nous soyons plus libres. Et la République ne trouve aucun créneau, aucun espace, aucune occasion pour leur rendre hommage. Les bourreaux, quant à eux, ont conservé tous les avantages tirés de la dictature et en ont amassé (et continue d’amasser) davantage sous le renouveau démocratique. Une sorte de consécration de l’impunité et de la négation des valeurs de citoyenneté et d’appartenance à une nation. Les gestionnaires actuels savent bien qu’hier des gens ont versé du sang béninois sans être inquiété en plus d’avoir pillé les banques, le trésor public et mis le pays en cessation de paiement et les fonctionnaires sans salaire. Pourquoi devraient-il prendre peur juste pour avoir mal géré les caisses de l’Etat alors que la croissance économique est positive et les fonctionnaires régulièrement payés ?

Si seulement les menteurs à chaque 26 octobre pouvaient se rendre compte de tout le tort qu’ils causent à la gouvernance et au devoir de mémoire en cherchant à tronquer la réalité de l’imposture... Impensable que des gens puissent être admis à célébrer un coup d’Etat ( celui du 26 octobre 1972) alors qu’on est en train de construire laborieusement une démocratie. Personne ne leur demande de rendre les rapines tirées de la gabegie du temps de la révolution. Mais les familles traumatisées par la répression aveugle et sauvage des révolutionnaires ne réclament qu’un minimum : la décence et le respect en mémoire de leurs meurtrissures ignorées, à défaut d’exiger justice et réparation.

L’histoire, ce n’est pas comme la constitution, elle ne se révise pas !!!

Par Arimi Choubadé
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