Pourquoi le pétrole serait mieux géré ???

mercredi 30 octobre 2013 par Arimi Choubadé

Tous les Béninois connaissent le sort habituellement réservé à nos impôts. Pour un budget dit essentiellement fiscal la pénibilité du statut de contribuable est encore plus implacable. Pourtant cela n’empêche pas les princes régnants qui se succèdent de se comporter en prédateur sans scrupule des deniers publics. Dès que vient le moment de saigner les caisses de l’Etat en marches de soutien, en meetings de remerciement ou en prière de compassion aucun d’eux ne se soucient du tarissement des gisements fiscaux en constante restriction du fait de la crise économique, de l’incivisme du contribuable et de la généralisation de la corruption. Tant pis si, face à la misère grandissante, ces impôts étaient déjà si insuffisants. Même tragi-comédie autour de la gestion du fameux or blanc, le coton. À peine si les jouisseurs de la République prêtent la moindre attention aux souffrances des cotonculteurs confrontés aux aléas climatiques, aux techniques culturales archaïques, à l’instabilité du marché de la fourniture d’intrants, à la gloutonnerie des intermédiaires. Aucune des autres filières potentiellement porteuses de ressources pour les caisses de l’Etat ne parvient à se soustraire de cette prédation à grande échelle des courtisans et autres suppôts des équipes au pouvoir.

D’où la question qui pend sur toutes les lèvres : pourquoi le pétrole en cours de découverte serait-il mieux géré ? Une ressource naturelle gracieusement offerte par la providence. Si les gars n’ont pas eu de scrupule à rogner sur les maigres contributions des citoyens, sur l’effort de production des paysans et sur les autres filières génératrices de deniers publics, on ne voit vraiment pas pourquoi ils se montreraient moins kleptomanes avec la richesse tombée du ciel et qui n’a eu besoin de l’effort de qui que soit pour abonder dans le sous-sol. Ce jaillissement de l’or noir sur les cotes béninoises ne ferait donc que rehausser le niveau de pourrissement de la pègre politico-affairiste aux commandes du pays depuis plusieurs années. Cela ne peut que faire franchir un cap supplémentaire à la mégalomanie des princes qui ne se priveraient certainement pas de remplacer leurs rutilantes voitures actuelles par des gadgets hautement plus onéreux. Peut-être que très bientôt ce serait le ballets des hélicoptères, des jets prives et des yachts de plaisance.

Si la gouvernance en cours restait en l’état chacun peut déjà imaginer la trajectoire que prendrait les revenus du pétrole si les découvreurs de gisement étaient dans le vrai. En d’autres termes, l’argent du pétrole ne saurait échapper au sort des impôts, du coton et des autres débouchés de l’économie nationale. Le cas s’était déjà produit au Tchad où les partenaires extérieurs avaient dû exiger des garantie de transparence avant toute extraction du pétrole. Des balises qui ont volé en éclat au bout de quelques années seulement parce que l’Etat Idriss Deby voulait davantage de ressources pour soutenir l’effort de guerre contre les rébellions qui écument la région, entretenir son prestigieux statut de gendarme sous régional et se maintenir le plus longtemps possible.

Ce dernier aspect offre d’ailleurs une belle transition sur le cas du Bénin où le rush vers le pétrole intervient en plein débat sur la révision de la constitution. Les prévisions parlent en effet d’une exploitation du gisement découvert sur une période de 14 ans. Tout un agenda politique. Le camp des réfractaires au projet de révision ne manquerait pas de soupçonner les découvreurs de pétrole de chercher à conserver le pouvoir jusqu’à épuisement des puits mis en exploitation comme c’est le cas au Congo Brazzaville, au Gabon, en Angola, en Guinée Équatoriale. En Afrique, le mandat "pétrolier" semble infiniment plus long que les autres types de mandat et contribue à alimenter la fable sur la tristement célèbre malédiction du pétrole sur le continent. En plus de favoriser la corruption et la mauvaise gestion, le pétrole devient un facteur déterminant dans les instincts de confiscation du pouvoir.

En rire ou en pleurer ???

Par Arimi Choubadé
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