Un marginal au palais

mercredi 10 octobre 2007 par Arimi Choubadé

A la demande de nos lecteurs et suite au départ en congé de l’éditorialiste, la rédaction du journal Nokoué vous propose des anciens textes. Des moments forts de l’analyse politique sous le règne du président Mathieu KEREKOU.
(Date de la 1ère publication : mardi 19 juillet 2004)

Un marginal au palais

Libéré, lâché ou plutôt abandonné ? Ce qui est sûr, l’ambiance n’est pas à la fête depuis ce fameux 11 juillet. Consciemment ou inconsciemment, la Marina a acquis la réputation d’être le repaire par excellence de la manipulation législative. Les révisionnistes y ont mis tout leur espoir. Jusqu’à ce déballage à contre-courant. Un général qui clame publiquement son dépit, amoureux -déçu qu’il est d’un entourage qui n’a pas su lui épargner une disgrâce consommée.

Rien n’est plus comme avant. L’ambiance a carrément tourné au deuil. Le soleil n’y a plus le même éclat. Parce que le chef n’a plus goût à rien. Le spectacle, semble avoir pris fin trop tôt, surprenant jusqu’aux metteurs en scène qui régentaient tous les coups fourrés du régime.

Les observateurs avertis peuvent constater un coup d’arrêt aux incessants ballets de courtisans dans les allées du palais. A se demander si c’est le chef qui a décrété la trêve du cirque ou si ce sont les lieutenants qui ont décidé de bouder. En tout cas, le général est seul, isolé, marginalisé.

Pendant près de 10 ans, Kérékou a exploité les marginalisés sans en payer le prix réel. Heureusement qu’au soir de son règne, il se met en rupture avec ses adorateurs. Commence forcément une nouvelle expérience. Celle de ne plus être d’aucune utilité pour ses proches. Des voleurs de la République qui se hâtent déjà de revendiquer le sauvetage de la démocratie. Oubliés les escamotages de suffrages en 2001, 2002 et 2003, les déstabilisations de partis politiques, l’exclusion d’opposants de tous les rouages du pouvoir d’Etat, l’introduction des réseaux de recel dans la haute sphère de l’administration publique. Des « tarés » dont la plus grande réussite se mesure par les hauteurs des immeubles du vol, se posent désormais en alternance crédible.

En tout cas, le 11 juillet a permis de mettre à nu trois catégories de mouvanciers. Une première a osé dire au chef qu’il se trompe. La deuxième, bien que convaincue que l’option est suicidaire mais se sachant condamnée et n’ayant plus rien à perdre, continuait à pousser vers l’impossible. La troisième se fait passer pour les sans opinion ou plutôt des gens qui, en réalité, n’osent pas faire leurs prières à haute voix. Dans un cas comme dans l’autre, jamais le Bénin en tant qu’entité n’a compté. Ils ont néanmoins un point commun : le goût effréné pour l’enrichissement sans cause. Avec la bénédiction d’un chef de l’Etat plutôt transparent en matière de respect de la bonne gouvernance.

C’est évident qu’une déclaration de quelques heures ne peut suffire à absoudre une décennie d’égarement. Surtout que d’épais doutes persistent sur la sincérité du discours. Le désistement s’identifie beaucoup plus à un dépit qu’à une conviction. Le régime a usé et abusé de son capital. Tous les acquis des travaux d’Hercule d’après la conférence nationale ont été grillés sur l’autel du gouverner autrement. Même la prime à la démocratie s’est fondue face aux misères faites aux investisseurs. Si seulement le 11 juillet pouvait les faire revenir !

A mes compatriotes qui enragent face au culte du général Kérékou qui s’est emparé de l’intelligentsia africaine, je conseillerai de ne pas remplacer une hérésie par une autre. On ne peut empêcher les frères du continent d’honorer le Bénin pour cette leçon de démocratie. Et le président de la République demeure le premier des Béninois. Sans oublier qu’il aurait pu choisir le suicide que lui conseillaient les « tarés » qu’il affectionne tant.

Une chose est certaine, ce n’est pas un imbécile. Eux seuls ne changent jamais d’avis.

Par Arimi Choubadé
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