Et si le coton béninois mourait enfin ???

mercredi 13 novembre 2013 par Arimi Choubadé

Sourde prière de milliers de miséreux, incapables de s’assurer ne serait-ce qu’un repas par jour, pendant que tout l’effort de production nationale est vendangé dans le coton. Produit non comestible, quasi négligeable dans la consommation interne, à haut risque pour le sol et l’écosystème, mais, également, source des pires tourments pour la République. Même la terre dont on disait qu’elle ne ment jamais a commencé par bégayer du fait des nombreuses contreperformances du bassin cotonnier. La situation est bien pire qu’une simple incapacité de ne pas pouvoir attendre les tonnages des saisons antérieures. En effet, aux dires de la ministre de l’agriculture elle-même, les récoltes évoluent decrescendo d’année en année en dépit de l’exceptionnel appui institutionnel et financier dont bénéficie encore ce secteur. Les programmes de santé, d’éducation, de sport, d’emploi, de route, de culture manquent cruellement de subventions et de financement mais pas le coton, bien qu’en agonie.

À défaut donc de la volonté des pouvoirs publics de rompre avec cette logique du plongeon dans l’abysse, il ne reste qu’à prier que le coton meurt de ses propres contradictions internes. Si seulement la crise autour de la Société du développement du coton (Sodeco) pouvait enfin sonner le glas de cette maudite filière. Si seulement cette énième tempête pouvait accélérer une désaffiliation massive des cotonculteurs en faveur de produits plus profitables à la nutrition des citoyens. Si seulement cette culture pouvait cesser de vampiriser l’essentielle des emblavures du pays avec des résultats de plus en plus catastrophiques. Presque tout le tissu industriel national lui est consacré. Si seulement cet énième soubresaut entre acteurs de la filière coton pouvait être suffisamment létal pour entraîner une reconversion massive aussi bien des producteurs que des égreneurs. Que de nobles et légitimes prières de tout peuple menacé de faim à cause du coton !

Si le requiem du coton venait à être chanté réellement, ce serait forcément un renouveau de l’économie nationale et une fenêtre d’opportunité pour toutes les autres filières. Plus de ressources donc pour les routes, le tourisme, l’Internet, les télécommunications, l’école et surtout l’autosuffisance alimentaire. Des opportunités plus porteuses de devises que l’instabilité autour d’un secteur en déliquescence. Tout en causant moins de tort à l’écologie et aux ressources naturelles. Le Bénin pourrait finir de se donner tant de mal dans le seul but de faire tourner l’industrie textile étrangère grâce à l’exportation de son coton très peu transformé localement pendant que ses populations ont recours au riz chinois, japonais ou thaïlandais, à la tomate togolais ou burkinabé, à l’huile végétale ivoirienne, à la laiterie hollandaise.

On pourrait se demander ce que gagneraient les populations de Banikoara et environs c’est-à-dire le bassin cotonnier par excellence si les chamailleries autour des actions de la société Sodeco s’amplifiaient et se dégradaient irréversiblement. Peut-être une aubaine pour sauver leurs terres d’une trop grande contamination en intrants incontrôlés. Il n’est pas exclu qu’à terme ces zones de production intensive de coton, en plus de la menace de changement climatique, soient déclarées sinistrées et incapables de produire de quoi nourrir ses habitants d’ici quelques années. Ce qui pourrait donner lieu à des déplacements de populations vers des régions cultivables plus au sud. Parce que tout simplement le coton aurait fini de détruire nos sols sans pouvoir nourrir nos bouches.

Qu’il meurt définitivement, ce maudit coton !!!

Par Arimi Choubadé
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