L’industrie des péages-policiers...

lundi 6 janvier 2014 par Arimi Choubadé

Echos d’un voyage, en bus, de Cotonou à Ouaga. Le conducteur du haut de son siège jetant une pièce de monnaie à un policier béninois qui se précipite pour ramasser le précieux métal sous le regard amusé du bienfaiteur. Scènes récurrentes sur tout le parcours de la traversée du territoire béninois aux différents barrages de contrôle sécuritaire. Amoureux du Bénin s’abstenir de suivre ce spectacle désormais classique de policiers réduits à cette sorte de mendicité abjecte. Surtout que la grande majorité des spectateurs est composée de voyageurs originaires des pays de la sous région (Burkinabé, Nigériens, Maliens, Nigérians, Ivoiriens, Togolais etc...). Imaginez les ressentiments des quelques Béninois présents à bord de ces bus face aux murmures et aux quolibets de leurs compagnons de route étrangers. À ces péages-policiers, le seul geste qui compte c’est le transfert de pièce des mains des conducteurs de véhicules dans les mains des agents de sécurité publique. Presque jamais de fouille, de contrôle d’identité ou d’inspection des engins mis en circulation.

Pour mieux se rendre compte de l’ampleur du l’humiliation infligée quotidiennement à toute une nation il suffit d’essayer le parcours, ne serait qu’une fois, en transport en commun. À partir de Bohicon, jusqu’aux frontières nord du pays, c’est pratiquement un péage-policier tous les 10 km, sur des trajets de plusieurs centaines de km, sur des routes défoncées. Parfois, à la traversée d’un arrondissement (et non d’une commune), c’est un péage-policier à l’entrée et un péage-gendarmerie à la sortie, ou vice versa. Selon les habitués de ces trajets, la généralisation du phénomène est apparue avec la multiplicité des postes de police à l’intérieur du pays. C’était moins ostentatoire lorsqu’il n’y avait que les postes de gendarmerie sur ces tronçons. Aux responsables de la sécurité, à l’échelle nationale, d’en tirer les conséquences. Histoire de couper court aux rumeurs comparant les comportements des agents en faction sur les routes au phénomène très répandu dans le Sahel, celui des talibés protégés et entretenus par des mollahs obscurs tapis dans l’ombre. Peut-être qu’ici les tireurs de ficelle sont tapis dans les commandements respectifs des unités présentes sur les routes.

Certains pourraient penser que la recrudescence des péages-policiers proviendrait d’une résolution spéciale des instances sous régionales (Uémoa, Cedeao, Ua). Eventualité automatiquement battue en brèche dès le franchissement des frontières béninoises. Sur le territoire burkinabé, par exemple, le conducteur de bus connaît au préalable le nombre exact d’arrêt à effectuer aux postes de contrôle. Les postes destinés au contrôle de l’identité des passagers sont connus à l’avance de même que ceux consacrés aux contrôle des pièces de véhicule. Pas de spectacle de policiers ramassant par terre des pièces jetées par des conducteurs. Pas de compétition et de surenchère entre barrages policiers et gendarmes. Encore moins d’arrêt systématique chaque 10 km sur des routes, de loin, mieux entretenues et en meilleur état que celles du Bénin.

Le cas le plus singulier est celui du péage-policier du pont de Porto-Novo. Ce péage, situé en face du symbole par excellence de la corruption au Bénin (chantier abandonné du nouveau siège de l’Assemblée nationale) n’est pas seulement réputé pour le racket des véhicules de transport en commun et des gros porteurs. Il s’illustre également dans l’obstruction systématique de l’espace réservé à la circulation. Aux heures de pointe cela provoque de gigantesques embouteillages pour les usagers. Des désagréments nuisibles aussi bien aux activités économiques et professionnelles des populations sans que cela n’émeuve outre mesure le tout nouveau préfet, Moukaram Badarou pourtant très attaché à la "conscience citoyenne". Il a suffit que ce péage-policier soit suspendu quelques jours pendant la période de fin d’année pour que les bouchons disparaissent totalement du pont malgré le flux exceptionnel des pèlerins célestes en partance sur le site de la plage de Sèmè-Kpodji à Noël.

Comment arrêter cette industrie de la honte ???

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1271-l-industrie-des-peages-policiers.html

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