Locale ou cyclable ???

jeudi 16 janvier 2014 par Arimi Choubadé

Même si elle ne sait pas encadrer une marche de protestation d’à peine 600 manifestants sans verser du sang ; même si elle excelle à faire la haie d’honneur aux marcheurs louangeurs du régime ; même si elle s’est rendue tristement célèbre dans la sous région avec les nombreux péages-policiers installés sur tous les axes routiers du pays ; la police béninoise peut enfin se vanter d’avoir accompli une prouesse : faire du trafic local une piste cyclable. La méthode est très simple ; trois mois de sensibilisation et le code de la route se trouve modifié de facto. Avis à quelques motocyclistes de Cotonou et Abomey-Calavi. En plus de la cherté de la vie, du climat social délétère, ils doivent payer de lourdes contraventions pour une infraction qui n’existe nulle part ni dans le code de la route ni dans aucun texte de la République. Des contraventions malicieusement majorées de frais de fourrière. Le moment plus que jamais de se sucrer sur le dos de pauvres hères.

Tout le monde est d’avis qu’en l’absence de signalisation, de panneaux, ou de signaux conventionnés, l’agent de la police fait loi, mais alors, uniquement quand la présence effective de l’agent est constatée. Dès que l’agent n’est plus là rien ne fait d’un trafic local une piste cyclable. Tant qu’il n’y a pas d’agent de police présent et d’injonction de ce dernier, il n’y a donc pas infraction. Dans le cas d’espèce, l’infraction se résume à un refus d’obtempérer aux directives d’un agent de la circulation et non un manquement à une disposition du code de la route. Mais encore une fois, nous sommes au Bénin ; et 3 mois de sensibilisation organisée par la police suffisent à changer les règles de la circulation routière. Tant pis si l’usager est un étranger ou même un compatriote d’une autre ville ou même un habitant d’un quartier de Cotonou où il n’existe aucune possibilité de substitution de la piste cyclable au trafic local. On vous arrache votre moto et vous payez une somme arbitrairement fixée par la police. Disposition applicable que dans une petite portion de la ville, c’est à dire les endroits où il existe un trafic local praticable. À peine 1% du réseau routier.

Un débat marqué cependant par l’absence remarquée des ingénieurs concepteurs de nos routes. À eux de nous expliquer la signification d’un trafic local et d’une piste cyclable. La piste cyclable est conçue pour ne recevoir que les engins à deux roues. Des pistes presque autonomes qui disposent de leurs panneaux de signalisation, de leurs signaux lumineux propres, de balises et d’identifiants propres à distinguer de la voie principale. Le trafic local quant à lui est destiné aux riverains pour leur permettre d’accéder aux habitations, services, bureaux, marchés, lieux publics. À ne pas oublier que sur le trafic local, circulent également des automobiles, des camions en plus des motos. Un déversement massif des motocyclistes sur le trafic local n’est rien d’autre qu’une perturbation de la jouissance du droit de propriété et de la libre circulation des riverains. Tant pis également pour l’accessibilité des centres socio-communautaires (dispensaires, marchés, aires de jeux, écoles, etc...) normalement desservis par le trafic local. Ainsi en a décidé la police.

Il paraît que le taux des accidents est en baisse du fait de cette mesure hérétique. Les motocyclistes seraient ainsi sauvés des chocs mortels avec les voitures à 4 roues. Mais ce sont les riverains (écoliers, petits enfants, vieillards, usagers des centres de santé, des marchés) qui deviennent les proies faciles des motards. On a fait que déplacer la problématique du bitume principal vers le trafic local. Nos ingénieurs muets depuis le début savent bien que les cyclistes qui prennent d’assaut la route principale n’ont commis aucune infraction tant qu’un policier ne les a pas déviés expressément sur le trafic local. Une sensibilisation d’un siècle ne dispense pas de la présence policière toutes les fois que le trafic local serait transformé en piste cyclable. La pagaille actuellement entretenue est comparable à tout point de vue à un désaveu pour les ingénieurs qui, contrairement à leurs collègues togolais ou burkinabés n’ont pas tenu compte des motocyclistes lors de la conception des routes, si on considère que ni la route principale ni le trafic local n’est conçu pour eux.

Et la rançon policière continue. Jusqu’à quand ???

Par Arimi Choubadé
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