Sauver la vierge…..

vendredi 12 octobre 2007 par Arimi Choubadé

A la demande de nos lecteurs et suite au départ en congé de l’éditorialiste, la rédaction du journal Nokoué vous propose des anciens textes. Des moments forts de l’analyse politique sous le règne du président Mathieu KEREKOU.

(Date de la 1ère publication : jeudi 14 juillet 2005)

Fille en milieu scolaire : sort peu enviable par les temps qui courent. Surtout lorsque période de calcul des moyennes rime avec saison des Nst - notes sexuellement transmissibles. Triste image que donne aujourd’hui l’école au Bénin, Quartier latin de l’Afrique. La prostitution y a pris des proportions incroyables. Un enseignant qui couche- appelons les choses par leur nom- avec son élève n’a rien à craindre. Abomey a enterré il y a peine une semaine une adolescente décédée des suites d’un avortement sans qu’aucun présumé complice ne soit inquiété. Alors qu’il est de notoriété publique que l’un ou plusieurs de ses professeurs lui trouvent beaucoup d’autres qualités que ses résultats académiques.

Ce n’est un secret pour personne que dans le milieu des enseignants, entretenir des rapports intimes avec les apprenants du sexe féminin est plus qu’une distraction favorite. Des Yodemnités (indemnités liées au sexe) comme ils aiment à le dire. Un bonus que chacun peut s’octroyer impunément. Cela ne coûte que quelques manipulations de notes. Aucun autre risque de poursuite. Détournement de mineure, harcèlement sexuel, abus sexuel, des slogans creux qui n’émeuvent aucun enseignant béninois. Une arme de défloraison massive qui sévit depuis le primaire jusqu’au supérieur. Le plus inquiétant dans cette dérive, c’est l’indifférence des principaux acteurs de l’éducation nationale. En dehors d’un coup de gueule du ministre de l’Enseignement technique, Alain Adihou, au détour d’un débat télévisé, l’impunité reste totale. Ne parlons surtout pas des associations de parents d’élèves- des repaires de nécessiteux beaucoup plus préoccupés par le dépeçage des subventions publiques et des contributions scolaires. Ces clubs n’obéissent d’ailleurs, pour la plupart, à aucune règle de transparence. Quelqu’un aurait eu l’heureuse intuition de les dissoudre toutes qu’il aurait rendu un grand service à la nation tout entière.

C’est le genre féminin qui paye un lourd tribut à travers cette fabrication en série de prostituées dans nos écoles chaque année. Impossible pour les filles de se démarquer par leur travail. Celles qui ont fait le choix de la probité servent de cible aux autres filles, entièrement acquises au système des arguments charnels. Même les petits camarades du sexe masculin sont mis à profit pour le démarchage, des apprentis proxénètes. Et dire qu’il y a une multitude d’Ong qui prétendent militer pour le respect des droits de la femme. Leurs motivations sont à chercher du côté de la promotion sociale et de la course aux subventions plutôt qu’un réel désir de sauver la vierge des griffes de ses enseignants.

La parité à l’aide de prostituées provoquerait une nuisance plus dangereuse pour toute la société. A moins d’ériger le sexe en critère de sélection dans les rapports sociaux. On constate chaque jour dans l’administration publique les conséquences de la réussite liée au sexe. Incompétence professionnelle, multiplication des problèmes de ménage, infidélité conjugale.

Des péripéties qui n’influencent souvent pas les promotions, grâce toujours au sexe. Aujourd’hui plus que jamais, ces milliers de jeunes filles assujetties aux fantasmes et autres pulsions malsaines de leurs éducateurs ont besoin de soutien. A côté du trafic des enfants, la prostitution en milieu scolaire est un mal tout aussi grave sinon pire. Il faut que l’enseignant qui transforme une écolière en fille de joie puisse être sanctionné avec la dernière rigueur. En principe, Karim Rafiatou, qui détient une autorité absolue sur les enseignants primaires et secondaires du pays, devrait en faire une priorité en tant que femme. Attendre passivement que des enseignants sans scrupules achèvent le processus de défloration massive est un crime.

Un de plus, à ajouter à cette gouvernance catastrophique finissante.

Par Arimi Choubadé
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