La correction de la Lépi piétine, mais pas de coupable...

lundi 27 janvier 2014 par Arimi Choubadé

Deux, trois quatre...six ou sept mois de retard ? Les chronogrammes n’arrêtent plus de se bousculer. À chaque fois qu’il en annonce un, Sacca Lafia, président du Conseil d’orientation et de supervision de la Lépi jure que cette fois-là, ce serait le bon. Sous réserve d’un "glissement" suivant ses propres termes. Dans la ferveur de l’installation du Cos/Lépi en mai 2013, tous les Béninois se rêvaient déjà de pouvoir se rendre dans les isoloirs au plus tard en décembre alors qu’ils auraient dû le faire en mars-avril tel que prévu par la loi. Un premier chronogramme évoquait déjà la mise à disposition d’un fichier exploitable dès septembre-octobre, puis novembre puis décembre. Avant que très sérieusement, Sacca Lafia n’annonce à grand renfort médiatique (sous réserve de glissement encore une fois) que le jeu serait jouable avant la fin février 2014 avec une projection des élections municipales pour mai 2014. Ceci à la suite d’une grande kermesse sur le sujet au palais de la Marina à l’initiative du Président de la République. Passons les projections cacophoniques voire contradictoires entre deux membres influents du Cos, tous personnages influents de la mouvance Fcbe, Sacca Lafia et Chabi Sika ce jour-là devant le chef de l’Etat.

L’écran du président du Cos affiche à nouveau mai-juin 2014, sous réserve d’un "glissement", selon la formule consacrée. Pourtant ce n’est pas tant ces numéros de haut-voltige qui suscitent interrogation. Mais, les simples d’esprit comme moi éprouvent de grandes difficultés à appréhender le discours à la limite de l’abstraction du patron de ce processus de correction du fichier électoral. À l’entendre, c’est tout comme si les retards et les incertitudes observés dépendent de la pluviométrie, de la direction du vent ou des changements climatiques. En somme, il n’existe pas, d’après ce monsieur, le moindre responsable de l’impasse qui perdure. C’est vrai qu’il lui arrive, dans de rares moments de lucidité et de vérité, de reconnaître que l’argent manque cruellement. Son dernier point financier indique que sur la dizaine de milliards attendus, ses comptes n’auraient reçu qu’à peine quatre. Mais toujours pas de coupable. Le principal et unique bailleur de fonds, c’est-à-dire, le gouvernement serait disposé à opérer les virements, au fur et à mesure, croit-il savoir, même si le budget 2013 de son institution accuse un trou de plus de 6 milliards et qu’on n’a même pas encore entamé l’étude de celui de 2014.

S’invite alors dans le débat cette sulfureuse conception que Sacca Lafia se faisait de la Lépi lors de sa réalisation. Des convictions fortes exprimées en tant que chef d’une forte délégation des cadres dits du Nord en tournée dans le septentrion en décembre 2010. À l’occasion, dans un speech désormais très célèbre fait à Bassila, Sacca Lafia considérait la Lépi comme un moyen pour le nord de combler son prétendu retard démographique sur le sud en matière électorale. Si le sud était à 80% de réalisation de la Lépi suivant les prévisions officielles, il fallait que le nord (les Collines plus l’Atacora-Donga et l’Alibori-Borgou) en réalise davantage. En guise de démonstration Bassila avait réalisé près de 120% pendant qu’"au sud là-bas" (selon Lafia), le taux de réalisation est de 80%. On peut se demander si c’est avec cette même philosophie que se conduisent les travaux de correction à présent.

À la décharge de l’enfant terrible de Pèrèrè, les crimes contre la Lépi, tous restés impunis, ne datent pas, tous, de son époque. Les recrutements clientélistes, l’acquisition de matériels inadaptés, une base de données pourries, l’exploitation éhontée des agents recenseurs, les recels intempestifs de documents par ces mêmes agents recenseurs. Au finish, 43 milliards dépensés pour que moins d’un an plus tard on soit obligé de reprendre carrément plusieurs aspects du processus au prix de plus de 10 milliards pour un instrument sensé aider le pays à faire des économies sur la chose électorale. Il paraît que des agents recenseurs auraient été physiquement agressés sans que ni l’agressé ni ses employeurs n’engagent des poursuites contre les agresseurs. Des prétendus amis du Bénin, de très mauvaise foi, ont fait l’apologie de cet instrument qui a failli faire basculer tout le pays dans l’horreur à l’occasion des K.O électoraux de 2011 sans être inquiétés. La liste des attaques est interminable et toujours pas de coupables.

Au pays de l’impunité généralisée...

Par Arimi Choubadé
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