Il paraît que les élèves aussi ont des droits à revendiquer...

vendredi 31 janvier 2014 par Arimi Choubadé

Plus aucun mystère sur les avis des travailleurs abondamment relayés à travers les nombreuses motions de grève parfois contredites par des communiqués démobilisateurs de briseurs de grève. Le 27 janvier 2014, les Béninois ont eu droit au rush retentissant du chef de l’Etat à propos de la situation socio-politique nationale. Au tableau s’ajoute désormais l’opinion publique sur un supposé droit de revendications des élèves ; eux aussi divisés d’ailleurs entre, d’un côté, des radicaux très en verve en soutien ouvert à leurs enseignants grévistes, et, de l’autre côté, des apprentis politiciens, en conclave (comme des grands) dans une coordination dite nationale, dénonçant des manipulations et l’instrumentalisation de leurs camarades.

C’est dans cette ambiance délétère que la presse "y compris celle à laquelle j’appartiens" se permet de relayer des agitations de mineurs. Encore un palier de franchi dans la décadence de toute la République. Pro et anti grève font ainsi étalage de leur carence rédhibitoire en jetant les élèves dans la bataille au nom d’un prétendu droit à l’éducation. C’est vrai que ce droit est bien inscrit dans la constitution et est, en principe, garanti par les pouvoirs publics. Mais aucune prescription réglementaire ou légale n’accorde aux élèves (mineurs) le droit de le revendiquer. En clair, les apprenants n’ont rien à voir dans la grève générale qui secoue leurs établissements scolaires. Leur statut (mineur) ne leur permet pas d’avoir une personnalité juridique et partant une opinion qui pourrait s’intégrer au débat public. Même pour ceux d’entre eux qui auraient atteint l’âge de la majorité (18 ans), la loi les considère sous tutelle et donc incapables d’afficher une responsabilité personnelle.

Pour ceux qui nourrissaient encore un quelconque espoir sur une éventuelle régression de la décrépitude morale et éthique du pays, la messe est dite avec l’épisode des mineurs qui s’érigent désormais en acteurs du débat public. Il y a donc pire que la "médiocrité de la classe politique". Ce ne sont plus les parents qui portent et assument le devoir d’éduquer leurs rejetons. Ce sont ces derniers, eux-mêmes, qui seraient partis quérir directement des billets de 2.000 CFA dans le but de vider les salles de classe comme l’indique le communiqué des élèves anti grève. Comment ne pas s’interroger, par ailleurs, sur l’existence d’une prétendue coordination nationale des élèves engagée dans la lutte contre les grèves intempestives qui menaceraient leur avenir ? Une coordination dont des actes sont relayés par les médias. "Où va le Bénin ?" dirait l’autre.

Le Béninois ne se contentent plus d’entendre leur chef de l’Etat répéter à chaque accès de colère que fonctionnaires, magistrats, religieux, politiciens, artistes, dignitaires traditionnels et autres sont corrompus. L’épisode des élèves jetés dans la mêlée puante vient confirmer que tout est fait pour que la "médiocrité" s’installe sur une longue durée avec les générations futures comme relais. Le modèle n’est plus l’effort, la compétence, la probité. C’est au biberon que les petits sont instruits sur le fait que rien que l’appartenance à une région, une filiation, le partage d’un dialecte sont devenus les plus sûrs atouts pour réussir à un concours de recrutement dans la fonction publique. Des élèves savent déjà qu’il est possible de gagner quelques billets de banque en acceptant de lire un communiqué commandité devant les médias ou de faire suffisamment du bruit dans la cours d’un établissement scolaire pour empêcher les cours de s’y dérouler.

L’autre dirait que c’est écolier "nougbèdjè" qui donne plus tard directeur "nougbèdjè"...

Ps : "nougbèdjè" veut dire le niais en langue nationale fongbé

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1282-il-parait-que-les-eleves-aussi-ont.html

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