Déni de sang humain...

lundi 3 février 2014 par Arimi Choubadé

C’est certainement de l’encre rouge, peut-être du sang de mouton ou tout autre liquide rouge ou même encore du "sang de syndicaliste" mais ce n’est pas du sang humain. Même si c’était du sang humain, ce n’est pas du sang de béninois patriotes. Excusez du peu cette sociologie sanguinolente mais impossible de l’éviter depuis que le président Yayi Boni en a fait une préoccupation d’Etat le 27 janvier 2014 en recevant des jeunes à son cabinet. Lui, parlait carrément d’encre rouge pour apprécier les images de visages ensanglantés diffusées à travers les médias suite à l’assaut de la soldatesque sur la bourse du travail de Cotonou, ceci en répression d’une marche de protestation projetée par les centrales yndicales soutenues par des partis politiques et des associations de défense des droits de l’homme.

C’est donc autour de la problématique à propos de la qualité du liquide rouge suintant sur les visages tuméfiés ce jour de répression que bat le pouls de la République depuis lors. Grève générale reconduite plusieurs semaines de suite avec une intensité progressive passant de 48 heures à 72 heures par semaine au risque de basculer dans une grève illimitée et sans service minimum dans les centres de santé. Une tension vraisemblablement à l’origine de l’annulation de la participation du chef de l’Etat au sommet de l’Ua à Addis-Abeba de janvier 2014 et surtout de la colère présidentielle du 27 janvier 2014. A l’occasion, le chef de l’Etat a vertement menacé de "bondir" désormais sur ses détracteurs. Ce tableau incandescent se trouve davantage corsé par les répliques sismiques qui fusent de toute part, chaque renchérisseur voulant être plus agressif que son prédécesseur. Tout le pays tétanisé par une dialectique de la grandiloquence, de la violence verbale, de l’invective et de la dérision publique en échos aux incertitudes de cette fin de 2ème mandat de Yayi.

Les bastionnés du 27 décembre 2013 reconnaissent néanmoins une part d’honnêteté au chef de l’Etat. Il n’a pas nié l’assaut donné au sanctuaire des travailleurs. "Dès qu’on touche quelqu’un, il va chercher de l’encre rouge pour tenir mon image et l’image du pays à l’extérieur". Ces propos valident bien que les gens ont été vraiment "touchés". La polémique porte donc sur les conséquences directes de ce contact musclé. Selon les différents reportages, coupures de presse et autres témoignages, le sang de manifestants a coulé. Le Directeur du Cnhu nommé par le gouvernement a pu se rendre à l’évidence de la brutalité policière à l’endroit des victimes amenées dans son établissement. Les rapports médicaux attestent des dégâts corporels subis par certains responsables syndicaux même si quelques-uns ont juste été pris de malaise dans la bousculade et ont dû retrouver facilement leurs esprits dès les premiers soins. Par contre, les fiches parvenues au chef de l’Etat attestent une autre réalité carrément. Il n’y a pas eu de sang mais de l’encre rouge...

On tombe alors sur deux hypothèses plausibles. La première est qu’il y a eu du sang de syndicalistes mais ces derniers sont si vils et corrompus par l’homme de Paris qu’ils ne méritent aucune commisération. Ce sang-là serait alors impur comparable à l’encre rouge, indigne de recevoir une quelconque reconnaissance officielle. L’autre briseur de grève qui avait eu la fuite de la position du palais avait même confondu ce sang avec celui des moutons brouteurs de l’argent venu de Paris. Pas question d’offrir le limogeage de deux vaillants serviteurs des causes de la refondation à ces apatrides-là. La deuxième hypothèse tient dans une autre déclaration présidentielle qui prétend les "avoir tous dans la main". Les responsables syndicaux se seraient tellement "mouillés" auprès de la Marina qu’ils n’oseraient broncher quelle que soit l’humiliation qu’elle leur ferait subir. La déchéance nationale ambiante autorise donc toute sorte d’hérésie à tous les niveaux de la République.

Finalement, est-ce du sang humain, du sang de mouton ou de l’encre rouge ???

Par Arimi Choubadé
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