Et enfin le régime de la réquisition...

lundi 17 février 2014 par Arimi Choubadé

C’est peut-être passé inaperçu, la proclamation anodine de l’imminence du régime de la Réquisition. Un plaidoyer présidentiel pour une plus grande vigueur de l’Etat, c’est dire du gouvernement vis-à-vis de la marche du peuple, depuis des champs de coton du septentrion. Le chef de l’Etat est revenu sur un de ses chevaux de bataille à savoir l’autorité voire l’autoritarisme de l’Etat. Tout doit être réquisitionné : les jeunes, les fonctionnaires, les femmes, la justice, tout. "Toutes les institutions doivent regarder dans la même direction". Inutile de rappeler que pour y arriver il faut bien quelqu’un pour déterminer ce point focal vers lequel tous les regards seraient désormais tournés, comme au bon vieux temps de l’avant-gardisme monolithique. Plus que la refondation ; davantage plus que la dictature du développement. L’art de faire faire aux citoyens ce qu’ils ne souhaitent pas faire.

Personne ne devrait dire demain qu’il n’avait pas été averti. On se souvient de la sibylline envie de créer une nouvelle République subrepticement glissée dans le discours de candidature de janvier 2011 et dont on ne s’en est aperçu que deux ans plus tard lorsqu’il a été question de faire modifier la constitution, à pas forcés, jusqu’à son préambule. Le régime de la réquisition semble même avoir beaucoup évolué et ne se limite plus à de simples proclamations. La campagne cotonnière 2012-2013 a été l’occasion d’apprécier les prémices du nouveau concept. L’arraisonnement en haute mer des cargaisons d’intrants-coton suivi de spectaculaires autres manœuvres militaro-policières prenant pour cible d’autres dépôts d’intrants stockés dans des magasins sur terre ferme, de même que celui des usines d’égrenage en sont de parfaites illustrations.

L’histoire de la réquisition ne se limite d’ailleurs pas en si peu de faits de gouvernement. La législation y est passée aussi, au détriment des douaniers et autres paramilitaires dépouillés de leur droit de grève par un tour de vote au parlement. La refondation n’a de cesse de s’agacer à l’annonce de toute motion de grève. Le ministre d’Etat a même révélé, il y a quelques jours, qu’une "troisième voie" allait entrer bientôt en lice afin de s’interposer entre le gouvernement et les travailleurs face à la recrudescence des débrayages perlés. Un troisième larron qu’on suspecte à la bourse du travail de n’être que la Cour constitutionnelle dans la perspective que les grèves soient déclarées anti-constitutionnelles et les défalcations opérées pour faits de grève amplement justifiées en droit.

Il y a d’ailleurs longtemps que la Cour s’était mise, elle aussi, en mode réquisition. C’était déjà le cas lorsqu’elle a donné quitus au président de l’Assemblée nationale de désigner, lui-même, d’autorité, les Secrétaires parlementaires à chaque fois qu’il en éprouve le besoin et que les titulaires seraient physiquement absents de l’hémicycle, au mépris des dispositions du règlement intérieur de l’institution sur les modes de désignation au poste du bureau. Ne parlons pas de la réquisition d’un fichier électoral inexistant (la Lepi) lors de la présidentielle de 2011. Réquisition également lorsque le parlement a été convoqué sous 24 heures afin de valider le budget général de l’Etat exercice 2014 précédemment rejeté par la majorité parlementaire. N’oublions pas la réquisition quasi permanente des marcheurs, prieurs, danseurs couronnés, transhumants, "fous" de la République, courtisans....

Vive la réquisition !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1285-et-enfin-le-regime-de-la.html

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