Bienvenue à la révision…

vendredi 11 avril 2014 par Arimi Choubadé

Ils sont peut-être en passe de gagner la bataille de la témérité, ces révisionnistes. Le projet de révision de la constitution essaie de maintenir la tête hors de l’eau malgré tous les revers qu’il a subis jusque-là. Ses ténors pensaient tenir le bon bout pour avoir réussi à esquiver l’avis de la Cour suprême avec le soutien des sages de la Cour constitutionnelle. Ils étaient loin d’imaginer que les véritables écueils leur viendraient de la majorité dite présidentielle au sein du parlement. Plus précisément de la commission des lois où ils étaient supposés majoritaires et qui a pourtant rejeté le projet de révision sans même lui permettre de passer en plénière. Mais tout cela parait désormais bien loin. C’est pratiquement avec une nouvelle jouvence que la révision fait son grand retour au parlement notamment dans l’ordre du jour de la première session parlementaire ordinaire de l’année 2014.

Un retour en fanfare, auréolé de la boucle ferroviaire Cotonou-Niamey-Lomé-Abidjan-Ouaga selon la propagande. Et la presse sous contrat de préciser que « cela mérite bien un troisième mandat ». Si les précédentes tentatives avaient manqué d’indiquer clairement le dessein caché de la manœuvre, cette fois-ci, les députés sont suffisamment édifiés sur les intentions de la refondation qui sont résumé dans le désir d’accorder un troisième mandat au docteur-président. Cela ne pouvait se faire sans une révision de la constitution. Aucun député ne peut donc aborder cette procédure sans avoir à l’esprit ces coupures de presse sous forme de consignes présidentielles. Changement de stratégie visiblement : autrefois la propagande arborait la volonté du chef de l’Etat de partir du pouvoir dès 2016, et qui ne serait pas intéressé par un troisième mandat. Mais pour cet énième essai plus personne ne parle de promesses faites à Obama, Benoit XVI, Sarkozy ou Merkel.

La détermination du camp présidentiel ne fait donc plus l’ombre d’aucun doute. Qu’en est-il du camp en face surtout au sein de l’hémicycle ? On connaissait la célérité avec laquelle la commission des lois avait exprimé son refus de donner suite au projet (6 voix contre sur 9), bien que la majorité soit du camp présidentiel. Malgré les injonctions de la Cour constitutionnelle la commission présidée par l’honorable Hélène Aholou Kèkè est restée de marbre. Pire, quelques mois seulement après ce revers, la majorité parlementaire présidentielle s’est distinguée par un autre couac tout aussi retentissant à savoir le rejet du projet de budget général de l’Etat exercice 2014. Là, également, nonobstant les injonctions des « sages » de la Cour constitutionnelle. Même la séance de rattrapage organisée avec un vote à mains levées n’a pu donner à la refondation qu’une relative majorité de 44 voix.

Ce dont il s’agit ici, c’est-à-dire la révision de la constitution requiert malheureusement plus qu’une majorité relative. Il faut les ¾ de l’hémicycle soit 63 députés pour pouvoir obtenir la possibilité de passer au référendum et les 4/5ème soit 67 élus, bien loin des 44 voix obtenues à mains levées lors de la normalisation de la procédure budgétaire. Reste à connaitre l’impact de la stratégie actuelle sur les résistances au sein de l’hémicycle. Lors de la précédente tentative les révisionnistes avaient misé sur la sortie tonitruante du président de la Cour constitutionnelle Théodore Holo qui, au nom des présidents d’institution, vantait les progrès du régime dans le domaine social dont l’amélioration de la situation salariale des professeurs d’université. Pour leur come-back, les révisionnistes évoquent plutôt la boucle ferroviaire sous régionale, le pétrole en cours de découverte, les routes (imaginaires) pour solliciter le troisième mandat.

Hélas ! Ni les « sages » ni les gourous de la com présidentielle ne siègent au parlement…

Par Arimi Choubadé
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