Cotonou plus proche de Paris que de Lagos ???

lundi 14 avril 2014 par Arimi Choubadé

N’allez surtout pas chercher à confirmer cette bizarrerie de titre sur un atlas. Toutes les cartes fiables indiquent 4731 km pour Cotonou-Paris et à peine 160 km pour Cotonou-Lagos. Pourtant c’est bien de la France que viennent la monnaie, la langue de travail, les équipements militaires, les produits pharmaceutiques, le modèle républicain, le commerce légal d’hydrocarbure, la presque totalité des concepts de développement institutionnel, économique, diplomatique, culturel etc... Les évacuations sanitaires extrêmement coûteuses se font presque exclusivement vers la France à partir de Cotonou bien que plusieurs centres hospitaliers du Nigeria obéissent à des standards comparables à ce qu’on peut trouver de mieux en Europe. De sorte que l’élite locale peut s’offrir une première chance à l’intérieur du pays avant de recourir à l’étranger pour ceux qui en ont le moyens.

Cette comparaison pour s’interroger sur l’impact que pourrait induire sur l’économie structurelle du Bénin, l’embellie économique au Nigeria. En effet, la propagande colonialiste encore très ancrée de nos jours fait croire que tout ce qui vient du géant voisin est du "kpayo" c’est-à-dire de "très mauvaise qualité", du trafiqué. Aller à Lagos sans visas (deux heures de route) c’est s’offrir à l’insécurité, la brutalité, l’arnaque voire la mort. Allez à Paris, c’est la classe, la promotion sociale, la modernité, l’aisance. Même s’il faut la croix, la bannière, les humiliations et les tracasseries administratives dans les consulats pour l’obtention d’un visa Schengen et débourser des millions pour le billet d’avion et le séjour. C’est une fierté pour un ministre béninois de se vanter d’avoir connu le Trocadéro, la Tour Eiffel, l’avenue des Champs-Elysées, l’Arc de la Défense, Notre Dame Paris et ne pas être capable de citer un seul monument du pays le plus prospère du continent qui siège dans plusieurs organismes sous régionaux aux côtés du Bénin. "Voir Paris et mourir".

L’annonce du boom économique du Nigeria n’a induit aucun mouvement particulier aux frontières venant du Bénin. Alors que la ruée sur le consulat français à Ghanhi ne connait aucun signe d’essoufflement malgré les déboires socioéconomiques que subi la grande France en déclin continue d’année en année, selon plusieurs agences de notation internationales. Les Béninois étaient plus sensibles aux agitations autour de l’Azawad malien. Pas forcément parce que des troupes béninoises y ont été déployées mais surtout parce que cela concerne la France et que Rfi-France24 en faisait des événements planétaires. Au même moment, le nord Nigeria se faisait embraser par un péril comparable et cela n’a suscité le moindre intérêt public chez le voisin.

Heureusement que la relation avec le Nigeria ne dépend pas que de l’élite servile et dévouée à son maître, l’ancien colon. Le bas peuple surtout celui situé le long des frontières sait où se trouvent ses intérêts. Grâce aux échanges informels, les deux territoires séparés par un accident historique parviennent à conserver des liens évidents. Cela permet d’ailleurs à l’Etat béninois de se prémunir des explosions sociales en fermant les yeux sur les trafic en tout genre et le commerce incontrôlé. À se demander comment font les gérants du Bénin pour ne pas constater tout l’effort déployé par leur protecteur lointain, la France, pour se frayer des opportunités au Nigeria, qu’eux, ses voisins immédiats perçoivent encore comme une destination à haut risque juste pour ne pas déplaire à cette même France.

Mourir de misère à côté d’un grand voisin prospère...

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1312-cotonou-plus-proche-de-paris-que.html

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