Cela s’appelle : du mépris pour la base !!!

mercredi 16 avril 2014 par Arimi Choubadé

Ils auraient craqué sous la pression du peuple, des parents d’élèves, de la société civile, des personnalités morales et religieuses, de 500 millions CFA(?). Pas un un seul mot sur la base, en tout cas. Des secrétaires généraux de centrales syndicales très sensibles à tout sauf à ceux qui les ont mandaté. Comme si les motions de grève lancées depuis le début janvier 2014 étaient destinées à défendre la veuve et l’orphelin à l’exception des travailleurs gazés, tabassés et saignés à la suite de la marche étouffée du 27 décembre 2013. Des défenseurs du peuple en lieu et place de l’élu du peuple lui-même. Le mandat syndical semble désormais dépendre plus des préoccupations populeuses que du vote des militants syndiqués. Il fallait sortir d’une situation de plus en plus intenable même au prix d’une pirouette ubuesque et d’arguties abracadabrantesques. Tout le monde savait, depuis les bouffonneries de Lucien Langanfin et complices, que la cause du mouvement social avait déjà été immolée sur l’autel d’arrangements obscurs et des compromissions secrètes.

La seule inconnue était la manière dont la pantalonnade allait être orchestrée. La déclaration de sortie de grève de Lokossou, Todjinou, Chadaré et alliés devrait se trouver un alibi moins grotesque que le vote à la hussarde organisée par leurs éclaireurs du Front des trois ordres d’enseignement en mars 2014. À l’époque, les centrales complices n’avait pas osé désavouer le sabotage du mouvement malgré les pressions d’une base désormais aux commandes de la fronde. À peine si leurs responsables avaient adopté une condescendance malicieuse vis-à-vis des briseurs de grève qui n’hésitaient pas à clamer haut et fort avoir obtenu l’autorisation ferme des généraux dont ils squattaient les centrales. Seuls Paul Issè Iko et Laurent Mètognon avaient osé dénoncer la traîtrise et la corruptibilité manifeste de la manœuvre.

C’était visible qu’il régnait une atmosphère malsaine au sein du front social depuis lors. Ils faisaient pitié à voir, ces secrétaires généraux, dépassés par les événements, qui, bafouillaient désormais leurs discours, ne parvenaient plus à apposer leurs signatures au bas des motions tacitement reconductibles, devenaient subitement fébriles devant les caméras, inspiraient la gêne et le pathétisme. On dirait des gens bouffés par la mauvaise conscience pour ne pas avoir réussi à exécuter un marché pour lequel ils auraient déjà touchés des dividendes. Conformément à leur propension légendaire à déclencher les mouvements avant de les stopper en catimini. Ils paraissaient tenaillés, d’un côté, par la pro-activité subite d’une base désormais à l’avant-garde de la lutte, aidée par les nouvelles techniques de la communication et de l’information ainsi que les médias spécialement mobilisés à l’occasion. De l’autre côté, par l’exaspération du gouvernement qui s’est permis de boycotter la séance de négociation du jeudi 10 avril comme pour obliger ses alliés souterrains de la bourse de travail à passer enfin à la cassure du mouvement. C’est alors qu’est venue la trouvaille du siècle, l’argument massue, l’élément catalyseur auquel devrait finalement s’agripper Lokossou-Todjinou-Chadaré : "la marche des élèves du 11avril 2014". Il paraît que c’est cette marche-là qui a déclenché le revirement spectaculaire. Si elle n’avait pas existé, les briseurs de grève allaient l’inventer. Reste à savoir s’ils ne l’ont pas réellement inventée. Pathétique !

Ainsi, il a suffit d’une marche des élèves de Cotonou pour effacer toutes les revendications originelles allant de la sanction des prédateurs des libertés aux rétrocessions des défalcations sur salaire pour faits de grève en passant par l’augmentation du point indiciaire aux enseignants. Il fallait cette marche pour renoncer à l’obtention de garanties claires sur la procédure de revalorisation de la fonction enseignante. Rien que cette dernière revendication faisait courir les enseignants depuis le régime Kérékou. Vraiment magique, donc, la marche des élèves de Cotonou ; cet instrument émotionnel de premier choix en justification de toute la nouvelle phraséologie sur la nécessité de sauver l’école, d’éviter une année blanche, de se montrer sensible aux cris du peuple. Tant pis si la levée de la motion ne pipe mot sur le moratoire du Front des trois ordres d’enseignements, aile Langanfin, dont l’échéance est prévue pour le 18 avril. L’émotion a feint d’oublier également l’agonie des régies financières en grève depuis 3 mois, et dont les conséquences sur les activités économiques demeurent incommensurables. Tout ça pour une émotivité sélective à forte odeur de dessous de table et de rumeurs autour de 500 millions CFA distribués.

S’en fout la base...

Par Arimi Choubadé
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