Prudence Yèdédji... mort pour une marche...

mercredi 30 avril 2014 par Arimi Choubadé

Attention !!! Selon les dernières informations de notre correspondant à Abomey Kabirou Kanon, le jeune Prudence Yèdédji serait encore en vie et en soins intensifs au Centre Hospitalier et Départemental du Zou à Abomey. En tenir compte dans l’appréciation de l’article.

Un martyr, une victime innocente, un damné ou une cible facile ? Le jeune Yèdédji, mort dans la fleur de l’âge, au cours d’une marche de protestation. À Agbangnizoun, au pays des libertés, berceau de la démocratie et de l’alternance pacifique au pouvoir et inventeur de la conférence nationale en Afrique, le printemps non violent. C’est dans ce Bénin-là que participer à une manifestation pacifique citoyenne peut se révéler dangereux voire mortelle. Par la faute d’une police atavique, rétrograde, brutale et répressive. Pour elle, une marche est une déclaration de guerre, et les marcheurs, des non citoyens, des ennemis à traiter au gaz lacrymogène, au matraque, au fusil d’assaut. Qu’ils soient des leaders syndicaux, des travailleurs en grève ou de petits écolières et élèves, le traitement est de la même brutalité, aveugle, sans état d’âme. Le jeune élève, l’a appris à ses dépends.

Après les conséquences cataclysmiques aussi bien sur le système éducatif, la santé, la justice que sur les finances publiques, les Béninois se disait que la barbarie policière était définitivement loin derrière eux. Ils ne pouvaient savoir que le mal était plus profond et qu’il fallait aller chercher le déni de manifestation publique dans le gène de leur police nationale. Elle semble ne disposer d’aucune autre expertise que la charge violente face à des citoyens exerçant leur droit constitutionnel, celui de manifester publiquement. Plus grave, il se trouve des érudits juridiques pour étayer cette propension policière d’une autre époque avec des arguties juridiques tirés d’arrêtés préfectoraux voire ministériels. Tous au nom d’une interprétation médiévale de la l’égalité républicaine dont se prévaut des commis de l’Etat pour interdire, par avance, toute manifestation de rue.

Que dit la constitution, la loi suprême ? "Art. 25 de la constitution - L’Etat reconnaît et garantit, dans les conditions fixées par la loi, la liberté d’aller et venir, la liberté d’association, de réunion, de cortège et de manifestation" Ce libellé se passe pourtant de toute ambiguïté. L’esprit du constituant est une invite à l’Etat visant à "reconnaître" et à "garantir" la liberté de "cortège et de manifestation". Les "conditions fixées par la loi" doivent donc avoir pour objet la reconnaissance et la garantie de ce droit. Dans l’absolu, il est presque interdit d’interdire les marches. Il est même fait injonction à l’Etat de prendre des lois à ce effet non d’interdire ou de réprimer. Dans tous les cas de figure, les lois en question devraient se contenter de "reconnaître et de garantir" ce droit accordé par le constituant aux citoyens. Nulle part, la constitution n’a évoqué la prise d’arrêtés préfectoraux ou de communiqués ministériels dont le but est de prohiber les marches au point d’envoyer la cavalerie à l’assaut de paisibles manifestants y compris des mineurs.

Ce combat transgresse d’ailleurs toutes les postures partisanes selon qu’on soit de la mouvance ou de l’opposition. Surtout que dans le cas d’espèce à Agbangninzoun ce n’était pas l’antagonisme politicien qui s’exprimait. En effet, le mouvement ayant appelé les élèves à descendre dans les rues est entièrement sous contrôle du ministère de la Jeunesse, donc a priori, non inféodé à des opposants. Le deuil occasionné par le rush policier est survenu dans une famille béninoise qui n’aurait pas connu ce drame si la police était respectueuse de la renaissance et de la garantie des marches indiquées à cet article 25 de la constitution. C’est à se demander la part des droits de l’homme dans l’education, la formation et l’utilisation des policiers formés, armés et payés sur l’effort des contribuables dont ils deviennent les bourreaux sur le terrain. Sans oublier le danger pour l’image du Bénin à l’extérieur lorsqu’on sait que cette police envoie régulièrement des contingents dans des pays en situation difficile dans le cadre du maintien de la paix et de la promotion de la démocratie.

Adieu à Prudence Yédédji, parti déjà à 18 ans !!!

Par Arimi Choubadé
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