Touche pas mon édito

vendredi 19 octobre 2007 par Arimi Choubadé

A la demande de nos lecteurs et suite au départ en congé de l’éditorialiste, la rédaction du journal Nokoué vous propose des anciens textes. Des moments forts de l’analyse politique sous le règne du président Mathieu KEREKOU. (Date de la 1ère publication : Septembre 2004)

J’étais loin de me douter que ma chronique empêche certains de jouir des fruits de la corruption en paix. Son importance ne m’est parue que depuis que quelques respectables membres de la haute mouvance ont commencé par me donner des noms d’oiseaux à travers des coups de fil intempestifs. Il paraît qu’ils pourraient être plus méchants si mes tirades ne changent pas d’opinion, si les tares du régime devaient être peintes au vitriol quotidiennement, si les prouesses des affameurs de la population ne bénéficient pas de compréhension dans les lignes de cette page etc. La manœuvre a peut-être marché avec quelques journaux, radios et télés qui ont dû supprimer des rubriques d’opinion. Cela ne réussit pas à tous les coups.

Je ne suis pas doué pour faire autre chose que d’exploser sur la misère qui s’accentue chaque jour davantage à Porga, à Mougnon, à Katagon ou à Tagnakou. Certains auraient voulu me voir dans la posture du griot repu exaltant les largesses de ses maîtres. Pendant que les sujets, eux, traînent la même pâte de maïs durant une semaine. La République se saigne déjà suffisamment à entretenir une nuée de commis dont le rôle est de masquer les carences des princes. On n’a donc pas besoin qu’un obscur « écrivaillant » (et non, écrivaillon) s’ajoute à la chorale. Il fallait donc se rendre utile autrement, dire autre chose que les rapports officiels qui trouvent que tout va bien dans le pays juste parce que le train est arrivé à l’heure à la gare. Leurs rédacteurs n’ont pas le temps de voir si le panier de la revendeuse de gari s’allège de plus en plus. Les élèves de l’école des sages-femmes de Cotonou savent, de leur côté, ce qu’on endure avant de pouvoir trouver une place assise dans une salle de classe. Des détails qui n’intéressent pas les rédacteurs des rapports officiels.

Honnêtement, il m’arrive de pouvoir m’essayer au griotage de temps en temps mais le dégoût reprend très vite le dessus. Le problème est de savoir sous quel angle le prendre pour ne pas jouer des sales tours à sa conscience tant la gangrène a atteint des proportions jamais égalées dans notre société.

Je ne vois vraiment pas comment ne pas orienter les câlins à rebrousse-poil pour nos dirigeants. A moins de choisir de se souiller l’âme. Prenons le cas du président Kérékou. La République le paie suffisamment assez cher pour qu’on passe sous silence les errements de son équipe. Son salaire se conjugue à des millions près. De quoi entretenir des dizaines de mes amis instituteurs contractuels durant plusieurs mois ! Et c’est à ce président de la République, grassement payé, qu’on me demande de faire des cadeaux. En plus des sacrifices du trésor public qui lui garantit des instruments de propagande à travers des organes de presse publics subventionnés ! N’oublions pas qu’il s’est assis dans le fauteuil présidentiel de son plein gré, quoi qu’en disent quelques excités révisionnistes. Lors de son passage devant les électeurs, il a parlé d’eau potable, d’électricité, de routes, d’écoles, d’emplois. Au décompte final, les citoyens ont eu droit aux privatisations sauvages et fantaisistes, aux détournements tous azimuts, au népotisme rampant. C’est ce bilan que l’on veut obliger tout un peuple à applaudir.

Nous avons, certes, beaucoup de défauts. Amnésiques, analphabètes, indolents, paresseux (contaminés par des dirigeants sans ambition) sournois et retors mais nous n’avons pas encore des tendances suicidaires. Au point de consentir à faire installer un pouvoir à vie.

Les plaisantins qui s’amusent à jouer les maîtres-chanteurs ou les apprentis terroristes doivent se chercher d’autres arguments. S’ils pouvaient imaginer l’immense plaisir que l’on éprouve à donner libre cours à ses aspirations à travers les colonnes d’un quotidien, si modeste soit son audience. Sans compter quelques mèches blanches qui assaillent la chevelure à force de cogitation. Des galons de sagesse, parait-il.

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/132-touche-pas-mon-edito.html