Héros marginalisés… tortionnaires honorés…...

vendredi 9 mai 2014 par Arimi Choubadé

Encore un 7 mai dans l’indifférence et la sobriété. A peine si les gens se sont souvenus de tout ce que le pays doit à tous ces mutilés, traumatisés, balafrés et humiliés dans le secret des camps de torture de Ségbana, Camp Séro Kpéra de Parakou, Petit palais de Cotonou. Ces combattants non armés qui se sont sacrifiés, parfois au prix de leur vie pour l’avènement de la démocratie. Des fonctionnaires, des paysans, des écoliers, des étudiants, des ouvriers qui se sont offerts à la torture, aux mutilations, aux privations, à la dictature, à la tyrannie pour qu’un jour leurs compatriotes puissent vivre dans la liberté et la démocratie. Le printemps noir, c’était eux en décembre 1989 où ils ont choisi la rue et les pierres pour faire abdiquer le grand camarade de lutte et son régime sanguinaire et totalitaire. C’était le déclic qui a sonné le glas des partis uniques et des dictatures dans toute l’Afrique au sud du Sahara. 20 ans avant que les arabes ne découvrent ce qu’on appelle un printemps. Un vent démocratique né incontestablement dans les rues de Cotonou. Cela vaut bien une halte de temps en temps à défaut d’une célébration digne des peuples à mémoire (à ne pas confondre avec les peuples sans mémoire).

Le premier mandat du renouveau démocratique, celui de Nicéphore Soglo a bien pensé aux martyrs en instituant la journée du souvenir le 7 mai. Journée chargée de symbole et d’émotion parce que ce fut un 7 mai que la soldatesque de la tyrannie a décidé d’en finir avec un étudiant emblématique, Luc Togbadja, abattu comme un chien, raconte souvent ses proches. Quelques timides manifestations plus ou moins officielles, durant les 5 ans de Soglo, permettaient d’entretenir la jeune génération sur le parcours de ces combattants morts sous les gadgets de torture des commis de la dictature. Les survivants des camps de détention et de torture disséminés un peu partout sur le territoire national, pouvaient faire le témoignage de l’horreur vécu.

Cet effort de mémoire devrait connaitre un brutal coup d’arrêt avec la réhabilitation inimaginable du porte-flambeau de ces années sombres qui ont couté la vie à des milliers de compatriotes, mis le pays en banqueroute, le trésor public en cessation de paiement et l’administration publique à l’arrêt. Une fois les anciens tortionnaires, auto-reconvertis en démocrates, réinstallés au palais de la Marina, en 1996, la journée du souvenir a automatiquement perdu toute célébration officielle. C’était devenu un bal de marginaux, présentés comme de dangereux communistes illuminés. Il n’y a avait plus rien pour amplifier le vécu des martyrs et des survivants de la période dite révolutionnaire. Cette drôle de révolution où un citoyen pouvait se retrouver interné dans un camp de torture juste parce qu’un baron du régime convoiterait son épouse. Un fugitif pouvait également voir ses parents accusés de sorcellerie et déporter dans des camps de fortune jusqu’à ce que mort s’ensuive.

La revanche des anciens tortionnaires fut implacable. Ils se sont attelés à effacer tous les impacts des quelques années d’effort de mémoire. Grâce à un contrôle strict des média, un processus de réécriture de l’histoire s’est mis en branle. Non contents de réduire le 07 mai à sa plus simple expression, les nouveaux démocrates, tortionnaires dans une récente vie, ont entrepris de s’auto-réhabiliter. Le grand camarade de lutte est devenu le « sauveur de la démocratie », ses anciens lieutenants sont devenus ministres, députés, membres d’institutions. Le processus d’établissement de l’amnésie collective était en marche. De sorte qu’on peut même dire que rien ne s’est passé pendant les 17 ans d’autocratie. Les martyrs n’étaient donc que le fruit de l’imagination et le 07 mai une banale journée comme les autres.

Pauvres de Togbadja, de Aïkpé, de Remy Glèlè et compagnons morts pour la liberté !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1320-heros-marginalises-tortionnaires.html

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