Il parait que le peuple béninois ne se soulève pas…

lundi 12 mai 2014 par Arimi Choubadé

Comme une ritournelle. Les nouveaux prophètes ont enfin trouvé le talon d’Achille du Bénin : le non soulèvement de son peuple. Ce peuple passif, apathique, amorphe, inactif, inconscient, incapable de réagir face aux abus de la gouvernance publique. Il convient de préciser d’entrée de jeu qu’aucun acteur de la classe politique n’a encore osé jusque-là s’approprier ces jugements sur le peuple. C’est curieusement dans le monde des médias que prospèrent ces nouveaux prophètes incitateurs à la réaction voire au soulèvement ou à la révolte. Une tendance très en vogue à l’occasion de la prolifération des émissions de débats entre journalistes sur certaines radios. A longueur de débats internes, exclusivement sur ces radios, plusieurs journalistes et assimilés semblent se convaincre que tous les problèmes du pays se résument à cette apathie populaire.

Mais, les partisans de cette thèse se gardent de projeter les conséquences probables du passage à l’acte. 10 millions de citoyens dans les rues ; pour quel résultat ? Celui d’importer les expériences de la Libye, de l’Egypte, de l’Ukraine, de l’Irak ou de la Tunisie ? Certains se désolent presque de ne pas voir les Béninois mettre leur pays à feu et à sang comme les Algériens dans les années 90 suite à une augmentation du prix du pain. Au Bénin, le prix du maïs, l’aliment du peuple, n’est pas contrôlé par l’Etat. Les nouveaux prophètes savent certainement que le jeune Bouazizi n’a pas attendu le grand monde ou le peuple avant de immoler par le feu et déclencher par ce fait la révolution qui a fait partir le président Ben Ali quelques mois plus tard. Il en est de même de Rosa Park qui n’a pas attendu de révolution du peuple noir des Etats-Unis avant de refuser de se lever pour céder sa place du bus à un jeune blanc. Un geste de dépit isolé précurseurs d’un des grands mouvements de protestation qui a révélé au monde entier le très charismatique pasteur Martin Luter King

Faudrait-il rappeler également que le peuple béninois, en 1990, n’a eu besoin de personne avant de mettre fin à une dictature militaire qui a duré 17 ans. A moins de le contraindre à se soulever tous les ans à chaque bégaiement de la gouvernance publique. La dernière révolution en France remonte au 18ème siècle, et pourtant le pays a traversé des tumultes majeurs tels que les deux guerres mondiales. Le bolchévisme a duré plus de 70 sans oublier la « longue marche » de Mao intervenue dès le lendemain de la première guerre mondiale et qui demeure encore le socle des orientations politiques chinoises à ce jour.

Ceux qui prêchent une réactivité du peuple devraient savoir qu’il s’agit généralement d’événements de masse porteurs de désolation, de tuerie, de bouleversements et de lourds sacrifices. Pour le moment, le Bénin continue d’observer un régime de démocratie avec des alternances régulières au pouvoir. Le seul moyen pour un peuple de réagir dans une République moderne c’est le vote. Le blocage actuel des élections est, certes, un péril évident pour la survie de la démocratie. Néanmoins on ne peut juger d’inactif un peuple dont les syndicats reviennent d’une grève générale de près de 3 mois ; les députés membres de la commission des lois de l’Assemblée nationale ont rejeté le projet de révision de la constitution ; la presse conserve malgré tout un ton osé.

Faites-vous martyrs alors, messieurs les indignés. Le peuple vous attend !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1321-il-parait-que-le-peuple-beninois.html

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