La vengeance du puissant contre le petit journaliste...

mercredi 21 mai 2014 par Arimi Choubadé

Un citoyen privé de liberté juste pour le plaisir d’un autre. En plein 21ème siècle, au Bénin du renouveau démocratique, la loi permet à un juge d’embastiller un journaliste pour faire plaisir à un plaignant. Mon confrère François Yovo est donc en prison en guise de satisfaction personnelle pour le Directeur général de la SONAPRA et non parce qu’il serait en conflit avec la société. Il paraît que cela permettrait de laver l’honneur du requérant. Ainsi, le fait que quelqu’un soit emprisonné serait un honneur pour un autre. Yovo fait donc la prison pour Idrissou Bako. Pourquoi ne pas installer carrément un cachot devant le domicile de notre respectable DG afin qu’il puisse contempler chaque matin son prisonnier. De quoi apaiser sa colère, lui donner l’impression d’avoir recouvré son honneur bafoué et lui faciliter le sommeil et la digestion aux repas. Voilà toute l’abjection d’une disposition juridique totalement anachronique, inique et en toute contradiction avec toute la philosophie sur les droits et libertés.

Yovo n’est ni un criminel ni un empoisonneur de chef d’Etat encore moins un auteur de coup d’Etat ; pourtant il doit passer plusieurs mois derrière les barreaux au nom de la responsabilité du journaliste. Il ne s’agit, néanmoins, que d’un article de presse, et rien d’autre. Il n’était question ni d’injures publiques ni d’incitation à la haine ni d’apologie de crimes encore moins d’appel au meurtre, au soulèvement ou à la sédition. Personne n’a pu démontrer en quoi le texte incriminé aurait pu déboucher sur un drame ou un crime justifiant que quelqu’un aille derrière les barreaux. Il est en prison pour avoir établi incidemment une corrélation entre la cherté d’une paire de chaussure du DG/SONAPRA avec les difficultés de la filière coton. J’espère que le fait de rappeler cela ne servirait pas au juge à m’envoyer, moi aussi, tenir compagnie à mon confrère durant les trois prochains mois. Heureusement que la négation de la diffamation ne fait pas encore partie de l’arsenal juridique de la répression des délits de presse au Bénin.

De la fameuse responsabilité du journaliste. La seule profession au Bénin à qui l’erreur n’est pas permise. Des cadres peuvent tripatouiller des concours dans la fonction publique ; un DG en fonction peut se faire accuser publiquement par le chef de l’Etat de tentative de majoration d’un marché de gré à gré de 14 milliards ; des élèves peuvent servir d’objets sexuels à des enseignants au vu et au su de tout le monde ; des hommes en uniforme peuvent multiplier les bavures meurtrières pour ne pas dire des exécutions extra-judiciaires ; les rançonnements des usagers de la route peuvent atteindre des proportions industrielles... Ces déviances d’une gravité incontestable n’entraîne aucune responsabilité pouvant valoir la prison à quelqu’un. La responsabilité n’existe finalement que pour les écrivaillons. Eux seuls peuvent faire la prison sur volonté du plaignant. Pendant que d’autres en conflit carrément avec la morale et l’équité sociale bénéficient d’une totale impunité.

Les pouvoirs publics peuvent se prévaloir de certaines complicités au sein du monde des médias pour maintenir les peines privatives de liberté sous le fallacieux prétexte que les journalistes n’auraient pas offert des garanties suffisantes. Reste à savoir la nature de la garantie que les journalistes togolais, sénégalais, ivoiriens et même congolais ont fourni avant d’obtenir le bannissement de la peine de prison pour des délits de diffamation. Que les vendeurs de morale viennent nous dire en quoi l’honneur de Idrissou Bako est sorti grandi et lavé parce que François Yovo aurait fait trois mois en prison pour son plaisir. Qu’on nous sorte le nom de celui qui a payé, de sa liberté, l’honneur souillé de tout le pays lorsque les USA ont jugé le Bénin indigne de bénéficier de la 3ème phase du Challenge Millenium pour corruption rampante. Je veux bien qu’on jette la pierre à mon confrère "égaré" mais qu’on retienne une fois pour toutes qu’il n’a pas volé, tué, escroqué ou détourné. Il a juste écrit un article dans un journal...

Voilà ! Je viens, moi aussi, d’écrire un article, les menottes s’il vous plaît !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1324-la-vengeance-du-puissant-contre-le.html

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