Au commencement du pardon présidentiel était...

vendredi 23 mai 2014 par Arimi Choubadé

L’argent de la politique. Le moment est venu de faire une halte sur l’origine du mal ; sur ce qui a conduit le pays au cœur de l’impasse politico-financier. Le clash Yayi-Talon et ses conséquences cataclysmiques pour toute une nation en quelques lignes : exile de la plus grosse fortune nationale ; affaires tentatives d’empoisonnement du chef de l’Etat et de coup d’Etat ; tourments de la filière coton et des réformes au port de Cotonou sur fond de gros sous ; sagas judiciaires concomitamment à l’interne puis en France ; pardon présidentiel aux relents diplomatiques insondables ; épisode de la Cour arbitrale de l’Ohada que l’on dit très salé pour le trésor public béninois...il fallait jamais oublier que tout est parti de la coalition entre un homme alors en route pour la présidence de la République et un magna du business. L’un voulait gagner le pouvoir politique, l’autre le pouvoir économique. Les Béninois n’y ont vu que de crises, de tensions, de misère et de traumatisme.

Pas si sûr malheureusement que nous ayons tiré des enseignements de ce drame national qui se joue. Tout le monde veut certainement savoir comment s’en sortirait Yayi avec les rebondissements à n’en plus finir, les uns aussi spectaculaires que les autres. Mais, personne se se projette sur le sort réservé aux futurs présidents de la République. Les refondateurs n’ont pas eu recours à Talon pour se leur construire des villas sur la Côte d’Azur ou leur acheter des jets privés long courrier. Il a été certainement sollicité pour donner de l’argent pour les campagnes électorales, les meetings, les posters de candidats, les affiches électorales, les marches de soutien et autres actions de propagande. Des activités qui à priori ne rapportent le moindre centime au bailleur. Et pourtant il a consenti à y engloutir des milliards, sans rechigner. Avec l’espoir d’obtenir plus tard auprès du bénéficiaire direct, c’est-à-dire le présidentiable élu, des monopoles d’Etat sur le port, la douane, la principale culture de rente du pays.

Le débat ne devrait plus s’articuler autour du lait renversé. L’Ohada et ses experts disposent d’une pléiade de mécanismes pour venir à bout de l’Etat béninois avec ou sans Yayi au pouvoir. Talon a en vu d’autres. Ce n’est pas la première fois qu’il se retrouve face à un imbroglio politico-judiciaire étatique. Yayi de son côté pourrait solder cet épisode d’une manière ou d’une autre si l’on tient compte de la légendaire amnésie collective des Béninois surtout s’il quitte la Marina dès 2016 sans écueil majeur. L’Etat béninois quant à lui, se contenterait de son statut d’éternel perdant. Sauf que tout cela ne nous dit pas comment le prochain président de la République pourrait échapper à cet engrenage. On ne voit pas comment quelqu’un pourrait s’installer victorieusement au palais de la Marina en se passant de l’argent occulte pendant la campagne présidentielle. Au prix de quelle compromission sur le dos de l’ensemble des autres citoyens ?

C’est inimaginable qu’un séisme politico-financier de l’ampleur de l’affaire Yayi-Talon ne puisse susciter le moindre chantier législatif dans une démocratie dite républicaine. Le silence au palais des gouverneurs de Porto-Novo sonne comme un désastre pour la démocratie. Ce n’est pas tant la prérogative du contrôle de l’action gouvernementale qui est en cause ici. Les caisses de l’Etat sont déjà en vrille et ce ne sont pas des questions orales ou des commissions d’enquêtes qui lui épargneraient les foudres des débiteurs nationaux et internationaux. Dans toute République digne de ce nom, le législateur serait déjà en train d’échafauder les mécanismes visant à soustraire l’argent en politique des griffes des réseaux obscurs et dangereusement informels. Le futur president de la République est loin d’être à l’abri des compromissions aussi tordues que le Pvi-Ng ou le monopole sur le coton tant qu’on aurait pas légiféré sur le financement de la politique. Il y avait eu l’épisode des fonds de la Sonacop qui auraient servi à racheter la Sonacop, les GSM, les véhicules d’occasion etc... sous le régime Kérékou. Il y a actuellement les affaires Yayi-Talon en plus du Cen-Sad, de Icc, de machines agricoles etc... sous Yayi. Le futur nous réserve pire que tout ça s’il n’y a pas le financement légal de la politique.

Entre la loi et les aventures ambiguës, aux acteurs publics de choisir !!!

Par Arimi Choubadé
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