La HAAC n’est pas un truc de journalistes...

mercredi 4 juin 2014 par Arimi Choubadé

Il parait qu’il faut plus de journalistes à la gendarmerie des médias ; l’instrument chargé de fermer des journaux, suspendre des radios, radier des journalistes et bannir des émissions télé trop dérangeantes. Des députés s’apprêteraient à modifier la loi organique sur la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) dans le but d’arracher au gouvernement sa trop "grande influence" sur l’institution. Au motif qu’il s’agirait d’un outil sensé défendre et garantir la liberté de presse et donc au service des professionnels des médias. Une nouvelle hérésie qui agite le monde des médias et des parlementaires. Ces derniers croient dur comme fer qu’ils feraient une bonne action en privant le chef de l’Etat de sa prérogative de nommer le président et de désigner directement le tiers des membres de l’institution. Il existe même des prétendus puristes qui estiment que toute l’institution devrait être sous la coupe des seuls professionnels des médias.

Faudrait-il rappeler que la HAAC est un monstre institutionnel qui ne devrait jamais exister dans une démocratie de séparation des pouvoirs. Tous les étudiants en droit ont appris qu’un État républicain ne compte que trois pouvoirs : l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Aucun exégète n’a encore osé théoriser sur le pouvoir constitutionnel des médias mis à part la fiction juridique relatif au prétendu 4ème pouvoir, la presse. Le constituant béninois s’est empressé de créer un instrument de "contrôle" de la liberté de presse et de répression des journalistes. Une expérience que tous les régimes rétrograde en Afrique ont dupliqué dans leurs pays respectifs.

Revenons à la mission première d’une instance de régulation classique. Son objet fondamental est de veiller à une bonne administration des ondes. Or, les ondes impliquent tous les États de la planète et sont régies par des conventions internationales à cause de leur caractère très sensible. En effet, les ondes interviennent dans des domaines de haute sécurité tels que l’aviation, la marine, la défense, les satellites mais aussi la radio, la télévision et la téléphonie. Une affaire de haute technologie et de télécommunications. C’est donc pour veiller à un leur bon usage et pour la sécurité du monde que chaque pays essaie de se doter de structures de régulation. Une partie de ces ondes peuvent être concéder à des particuliers à usage commercial en radio, télé et télécommunications, l’autre partie réservée à des impératifs d’ordre sécuritaire voire militaire.

Or, il revient constitutionnellement au gouvernement de veiller à l’application des accords internationaux à travers les conventions régissant les ondes. Du fait de leur sensibilité, ces ondes ne peuvent tomber entre les mains du premier venue fut-il journaliste désigné par ses pairs. Autrement dit, la régulation des ondes est une affaire d’experts sous l’autorité du gouvernement. Si la HAAC devrait continuer à faire de la régulation dans ce domaine précis, elle devrait dépendre entièrement du gouvernement pour des questions de sécurité et de paix dans le monde. Ici n’entrent pas en jeu des considérations démagogiques liées à la souveraineté nationale mais la crédibilité du Bénin vis-à-vis des autres nations. Les errements nationaux ne sauraient mettre péril la quiétude de la planète. Jean-Baptiste Elias , encore lui, le porte-parole du Fonac, a pu démontrer sur une chaîne de télévision tout le désordre que la régulation de la HAAC provoque sur la gestion des ondes et comment cela pourrait écorner la crédibilité du pays sur le plan international. Si la HAAC en tant que régulateur des ondes devrait être réformée, elle devait retourner sous l’autorité directe du ministère de la communication comme son homologue français, le CSA.

Pourvu que zèle du parlementarisme déplacé n’aggrave la situation...

Par Arimi Choubadé
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