Les 160 milliards devraient rester béninois !!!

mercredi 11 juin 2014 par Arimi Choubadé

Des milliards à gogo à verser à Patrice Talon. La problématique enflamme tous les débats. Le ministre de la Justice Valentin Djenontin ne s’est pas privé de faire descendre la patate chaude jusqu’au coeur du peuple en faisant constater que cela revient à faire débourser environ 16.000 Fcfa par individu, pour les 10 millions d’individus que compte le Bénin. Boutade qui a le don de populariser au maximum le sujet au-delà des argumentaires développés par les camps en présence. Les talonistes jurent par le droit et la justice pendant que le gouvernement béninois s’arcboute sur son devoir de défendre les intérêts de la nation. Le fait que la bataille se déroule à Abidjan, loin du territoire national, en rajoute à la confusion au sein de l’opinion. Ce dont on est sûr, c’est qu’une affaire de plusieurs milliards oppose l’homme d’affaires béninois Patrice Talon à l’Etat béninois devant la Cour commune de justice et d’arbitrage de l’Ohada.

Les plus chauvins de tous peuvent néanmoins trouver dans ce dossier quelque chose qui pourrait atténuer leurs craintes de voir les maigres sous du pays s’envoler vers de lointains paradis fiscaux. Le premier postulat optimiste est que Patrice Talon est béninois ; l’argent à décaisser ou pas pourrait donc rester au pays. Option vite battue en brèche par une célèbre réflexion du chef de l’Etat sur la propension de l’homme d’affaires à rapatrier tous ses avoirs vers l’extérieur : "S’il pouvait ramener au pays 1% de sa fortune, tous les problèmes du Bénin seront réglés". Imaginez alors 160 milliards passés des caisses de l’Etat déjà sérieusement anémiées vers une destination inconnue. Vu sous cet angle, il y a de fortes chances que la résistance à l’exécution d’une décision de justice rencontre des échos très favorables au sein du petit peuple. Des risques également pour qu’un populisme exacerbé embarque tout le pays dans une sorte de rébellion à une instance arbitrale régionale et ses conséquences .cataclysmiques sur l’Etat béninois.

Mais, il se fait qu’au sein de ce peuple se trouve quand même plusieurs travailleurs réduits au chômage depuis le début de la crise entre l’entreprise Bénin-Contrôle de Patrice Talon et le gouvernement. Un règlement arbitral et/ou judiciaire devrait tenir forcément compte d’un éventuel dédommagement de tous ces désoeuvrés surtout en cas de confirmation de la sentence arbitrale en faveur de l’homme d’affaire en exile. Ainsi, au lieu de consacrer toute l’énergie à empêcher un quelconque règlement financier, n’est-il pas plus judicieux pour la partie gouvernementale d’envisager comment faire en sorte que l’essentiel des sous à verser à Talon demeure sur le territoire national. En effet, en dehors de la réparation des dommages causés aux employés sans salaire depuis des mois, on évoque également le cas de dettes dues aux banques, aux assurances, à la douane et à d’autres structures locales, dans l’ordre de plusieurs milliards. Si tout ce qui est dû à des acteurs économiques et financiers locaux est épongé concomitamment à tout décaissement, ce ne sont donc plus 120 milliards qui s’envoleraient du pays du jour au lendemain.

De l’avis de plusieurs spécialistes, il serait curieux que Bénin-Contrôle n’obtienne rien à la suite de cette procédure devant la Ccja. Même s’il ne récolte pas les 120 milliards, il pourrait s’en tirer avec un pactole consistant. Dans ce cas, rien ne garantit que la totalité du montant glané soit réinvesti au Bénin en initiative privée afin de soutenir l’effort de développement national. Par contre, un rétablissement du fil du dialogue pourrait permettre, dès maintenant, de négocier une éventuelle domiciliation dans le pays de toute la somme afin d’une part de payer les dettes dues aux nationaux, et d’autre part d’envisager de réinvestir le reste dans l’économie béninoise. Ainsi on pourrait d’ores et déjà penser à sursoir la poursuite de la procédure et épargner les frais de mission, d’avocat, de communication et surtout les frais sociaux de la turbulence entretenue constamment dans le débat public.

Eh oui ! Cet argent peut rester au Bénin !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1331-les-160-milliards-devraient-rester.html

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