Des garanties "journalistiques" pour ne plus aller en prison...

vendredi 13 juin 2014 par Arimi Choubadé

Il parait qu’avant la suppression des peines privatives de liberté en matière de délit de presse, les journalistes doivent offrir des garanties quant à leur professionnalisme. Conditionnalité sans laquelle les députés ne voteraient jamais le texte, laissant ainsi la porte ouverte à la poursuite de l’emprisonnement des journalistes pour diffamation. Une beninoiserie savamment entretenue dans le seul but de se dérober à une exigence démocratique universelle. On est bien curieux de savoir la nature des garanties fournies par les confrères du Togo, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Congo démocratique, de la France, des États-Unis et d’ailleurs pour obtenir la disparition de cette punition anachronique. Peut-être ont-ils offert aux députés de leurs pays respectifs des garanties bancaires, des contrats d’assurance, des promesses de docilité ou l’engagement de ne plus jamais les critiquer. Les honorables béninois en attendent autant sinon plus avant de supprimer les peines privatives de liberté en matière de délit de presse (à ne surtout pas confondre avec la dépénalisation totale de l’exercice du métier de journaliste).

À croire que le journalisme a été inventé au Bénin pour que les mécanismes de son exercice, ici, diffèrent de la tendance observée dans la plupart des pays à option démocratique. Tout le monde sait que le professionnalisme ne s’acquiert que part la formation et non par la magie et les incantations. Or les programmes de formation relèvent de la responsabilité des pouvoirs publics. Eux seuls sont responsables du défaut de compétence notamment dans un secteur comme la presse. À eux de donner des gages d’une prise en compte efficiente de la professionnalisation des hommes de médias si tant est que cela devient un impératif social. Aux pouvoirs publics (dont les députés) d’offrir les garanties consubstantielles à la responsabilité sociale des journalistes au lieu de se contenter de leur réserver les barreaux afin d’assouvir leur vengeance personnelle.

Faudrait-il rappeler encore une fois que la liberté de presse fait partie de l’éventail des libertés publiques et individuelles et non d’un privilège accordé aux seuls animateurs de médias. Lorsqu’on supprime une plume ou un micro c’est la liberté d’expression qui est en péril. Lorsque le Bénin caracolait au hit-parade des classements RSF, c’était les officiels, députés en tête, qui décrochaient les standing-ovations, de foras en foras. Désormais, ce seraient des quolibets pour eux à chaque fois qu’ils devraient justifier, à ces mêmes tribunes, la dégringolade dans ces classements d’organismes internationaux qui faisaient tant leur fierté. Je veux bien voir à la table ronde de Paris comment justifier l’emprisonnement d’un journaliste pour un délit comme la diffamation surtout si le pays d’origine de l’investisseur n’applique plus ces genres de peine iniques et attentatoires à la liberté d’expression. Contre un écrit ou une production de presse il y a toujours de la place à la contradiction. Et ce n’est pas une peine de trois mois d’emprisonnement qui rétablit un honneur prétendu écorché.

Tous les maîtres-chanteurs de service prétextent de l’impunité ambiante de l’exercice du journalisme pour légitimer la perpétuation d’une disposition légale désuète. Ce qui est faux, d’autant plus qu’il existe toute une panoplie de peines pour les infractions connexes notamment l’injure publique, l’atteinte à la vie privée, l’incitation à la violence, à la haine raciale, l’appel à la révolte ou à la sédition, la violation du secret d’Etat etc... Des infractions pour lesquelles un journaliste peut se retrouver devant un juge voire derrière les barreaux. Les prédateurs de journalistes peuvent se prévaloir de l’aplatissement de la secte qui contrôle la presse composée des associations dites faitières pour continuer à mépriser la profession. Ces dernières ont renoncé, à dessein, à tout droit de revendication au profit des coulisses, des compromissions, des arrangements et des entourloupettes dignes des réseaux de barbouzes dont elles seraient d’ailleurs très proches. La suppression des peines privatives de liberté en matière de délit de presse n’est pas une faveur, c’est une exigence démocratique, une obligation, un impératif, un ordre. Au cas où les députés beninois ne l’auraient pas compris, je les implorerais alors de corser davantage la peine existante pour la diffamation en la transformant en peine capitale dans la foulée de la suppression du droit de grève à Michel Adjaka et ses compagnons magistrats.

La démocratie "Nescafé" s’en sortirait grandie !!!

Par Arimi Choubadé
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