2 millions par député...et après ?

mercredi 18 juin 2014 par Arimi Choubadé

Il parait que le distributeur automatique de l’hémicycle affiche 2 millions par député acquis à la suppression du droit de grève aux magistrats. "Révélation" signée Candide Azannaï. Beaucoup de Béninois ne le savaient peut-être pas : il y a 16 ans, en 1998, le même Azannaï s’était fendu d’un discours solennel à la tribune de l’Assemblée nationale sur des actes d’achat de député dont il aurait été, lui-même, victime. Il était question de plusieurs dizaines de millions, de voitures et de bien d’autres libéralités dans le but d’inverser la majorité parlementaire nettement défavorable au régime de Kérékou, à l’époque. Était en jeu, la célébrissime loi portant avancement au mérite dans la fonction publique. Le gouvernement du général y tenait fermement. Mais la démission collective des députés PRD dès février 1998 avait fait basculer ses députés (19) dans l’opposition aux côtés de la Rb (19) et alliés. L’épilogue démontrait que lui, Azannaï, aurait refusé l’offre contrairement à 5 autres députés de son camp qui auraient mordu à l’appât et changé de camp. C’était insuffisant pour inverser les tendances : 41 contre 41, le parlement étant réduit à 82 députés suite à l’invalidation d’un élu Rb lors des législatives de1995.

Il y a peu, le même Azannaï a nommément désigné sur sa page Facebook un de ses collègues comme le distributeur attitré de l’argent de la corruption recueilli auprès d’un richissime homme d’affaires aujourd’hui en rupture de banc avec le régime. Dimanche passé, sur Soleil FM, l’honorable dénonciateur remet une couche en dévoilant une cabale contre le syndicalisme dans le monde des magistrats. C’est vraiment louable que le député philosophe tente à chaque fois d’alerter l’opinion sur les dérives au sein de la représentation nationale. Ce qui se comprend moins, par contre, c’est sa posture d’éternel impuissant délateur face à la persistante de la corruption en milieu parlementaire. Ses seules armes étant réduites aux conférence de presse, déclarations, émissions radio-télé ; c’est-à-dire des mots, rien que des mots ; pour ne pas dire le bavardage exactement comme le font déjà si bien les écrivaillons de tout bord.

Je présume que l’intention de Azannaï n’est pas de faire découvrir à ces concitoyens la corruption au palais des gouverneurs. Mais certainement de lutter contre. À lui d’expliquer ce qu’il a pu faire en dehors de venir s’épancher dans les médias sur ces pratiques avilissantes. Le plus inquiétant pour le citoyen ce n’est pas l’existence de la corruption mais l’évidence que même le représentant du peuple, détenteur de l’initiative de la loi ne peut pas grand-chose pour la combattre. Il est vrai que le parlement a accouché, nuitamment, d’une loi portant lutte contre la corruption et les infractions connexes, il y a quelques mois. Malgré cela, il n’existe aucune codification légale sur l’argent entrant dans l’animation de la vie publique et les campagnes électorales.

Lui-même Azannaï a avoué dépenser presque 3 millions à chaque fois qu’il organise une conférence de presse. Les citoyens seraient édifiés de connaître sa source de financement surtout qu’il le fait très fréquemment. Le même exercice pourrait se faire avec ses autres collègues promoteurs de marches de soutien, de meetings, d’actes de propagande de masse etc... L’enjeu ne devrait pas être le constat mais plutôt la stratégie de restauration de l’éthique. La dénonciation stérile apporte très peu à la construction d’une cité porteuse d’une morale politique. Tant que l’argent des partis proviendrait de l’informel, de la ruse et de la manipulation, inutile de prétendre lutter contre les pratiques corruptibles. Pour le moment, face à l’activisme verbal, et en l’absence de toute loi sur le financement de l’activité politique, c’est la corruption qui gagne.

L’achat-vente de députés fait son nid dans l’absence de ce financement légal des partis !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1334-2-millions-par-depute-et-apres.html

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?