Ajouter la table ronde à la tension nationale ???

lundi 23 juin 2014 par Arimi Choubadé

Elle devrait être ronde pour tous les Béninois, la table de Paris. L’occasion pour le pays de recevoir une pluie de financements jamais imaginée. Même les organisateurs, dans leurs projections les plus optimistes, ne prévoyaient, modestement, qu’un peu moins de 3.000 milliards de besoin. À l’exercice, la page Facebook du ministre de la communication, Komi Koutché a affiché près de 5.600 milliards d’annonces de financement, avant même la fin de la première journée. Au total, les sources disponibles évoquent plus de 10.000 milliards CFA en promesses, annonces, engagements ou désirs d’investissement. En attendant les statistiques officielles de cette gigantesque opération de séduction, tous les participants prédisent un lendemain enchanteur pour l’économie nationale entre 2014 et 2018. Comment de si bonnes nouvelles en provenance de Paris pourraient alors alimenter la tension politico-sociale récurrente au pays ?

En effet, à suivre le débat public avant, pendant et après événement, on sent nettement que la table ronde de Paris est en train de se frayer progressivement une place de choix dans les tiraillements et autres diatribes politiciennes. Plus aucune sortie médiatique ou politique n’occulte ces assises sous des appréciations diverses selon qu’on soit pour ou contre le régime. Plus grave encore est l’intrusion musclée du patronat béninois dans la polémique, elle qui a, délibérément, opté pour un boycott voire une dénonciation tous azimuts des conclusions issues de la table ronde. En marge de l’événement est née une crise ouverte entre le patronat et la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin (Ccib). Bataille rangée entre les deux structures sur la représentativité du secteur public. Le fait que le chef de l’Etat ait semblé trancher en faveur de la Ccib dans cette quête de légitimité n’arrange pas les choses.

Pour les adversaires du régime, la table ronde de Paris s’inscrit désormais dans l’agenda des scandales au même titre que le chantier abandonné du siège du Parlement, l’organisation du sommet de la Cen-Sad, les turpitudes de la centrale électrique de Maria-Gléta, le concours frauduleux de recrutement de fonctionnaires, les faux placements etc... Ces acteurs politiques soutiennent que les fonds publics ont été, une nouvelle fois, malmenés dans cette opération. Inutile dans ces conditions, de leur demander ce qu’ils pensent des annonces de mobilisation de plusieurs milliers de milliards pour le développement du Bénin : de la pure propagande et un dévoiement de la communication gouvernementale. L’ancien ministre Théophile Montcho, baron de l’opposition, n’hésite d’ailleurs pas à considérer la table ronde de Paris comme faisant partie de la stratégie de manipulation de l’opinion destinée à la concrétisation du projet de révision de la constitution ou plutôt de confiscation de pouvoir au-delà des deux mandats présidentiels initiaux.

Les uns voient donc déjà des usines fleurir à Parakou, Abomey, Bohicon, Natitingou et partout sur le territoire béninois dès le retour de la table ronde de Paris. Pendant que les autres crient à la fraude. Il est d’ailleurs prévu que ministres, députés, maires, DG de sociétés d’Etat et autres affidés de la refondation partent à l’assaut du pays profond pour annoncer la "bonne nouvelle". Déverser l’équivalence de 10 fois le budget national sur le pays en l’espace de 3 ans mérite bien une reconnaissance éternelle à ses auteurs dont le premier d’entre eux, le président Yayi Boni. Reste à savoir la forme de récompense qu’exigeaient ses partisans pour le bienfaiteur-père-de-la-nation que certains d’entre eux se plaisent à désigner comme un "roi" lors des meetings de remerciement. Peut-être passer de la République à la monarchie...

Pourquoi pas ???

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1336-ajouter-la-table-ronde-a-la.html

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