Pauvre ou appauvri ?

mercredi 24 octobre 2007 par Arimi Choubadé

A la demande de nos lecteurs et suite au départ en congé de l’éditorialiste, la rédaction du journal Nokoué vous propose des anciens textes. Des moments forts de l’analyse politique sous le règne du président Mathieu KEREKOU.

(Date de la 1ère publication : Mercredi 04 Août 2004)

En 1996, le Bénin était imbattable par rapport au label coton dans la sous- région. On pouvait percevoir déjà les prémices de l’âge d’or des véhicules d’occasion. Il y avait le négoce avec le Nigeria. Accessoirement, on peut y ajouter la prime à la démocratie, la renommée d’être le berceau du renouveau politique en Afrique. Personne à l’époque ne pouvait oser rogner sur la souveraineté nationale au chouchou de la communauté internationale. On pouvait allonger la liste, à souhait.
De tout cela, plus rien aujourd’hui. Le gouverner autrement et le Bénin du futur ont fait des ravages en deux mandats présidentiels. Notre pauvreté tient beaucoup à ces détails près.

De la pauvreté, parlons-en. Curieux ce pays de pauvres dont le président de la République palpe chaque mois au salaire brut de 1,5 million. Une estimation faite en début de transition, en 1990. Le taux aurait été revu à la hausse depuis belle lurette. A ce taux déjà, c’est tout sauf un salaire de pauvre. Au sein de cette même République qui accorde 25.000 fCfa par mois à un enseignant dit communautaire. Si le président Kérékou a envie de jouer au bon samaritain, il pourrait faire le bonheur de 60 de ces enseignants. Des milliers de petits enfants qui pourraient ainsi bénéficier de plusieurs dizaines d’heures de compagnie utile. Au détriment de celle, nuisible, d’accompagnateurs passés maîtres dans la fourniture de mains-d’œuvre infantiles aux plantations en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Nigeria ou au Gabon.

On vit décidément dans un pays des paradoxes, dans lequel les chefs sont à l’abri du besoin pour plusieurs générations alors que le peuple végète dans une misère insultante. La réputation de la fortune de Crésus n’aurait pas traversé tant de siècles si la Lydie sur laquelle il a régné 5 siècles avant le Christ, était aussi démunie.
Bizarre également que certains puissent trouver des circonstances atténuantes à ces appauvrisseurs de populations. Ils ont tout pour réussir : salaires mirobolants, frais de mission, pots de vin, voitures, villas, maîtresses, passeports diplomatiques, gardes du corps, impunité etc. Un peuple se saigne pour une existence de minables.

Pourtant, on n’a pas besoin de se casser trop longtemps les méninges pour améliorer les choses, sous le soleil, au Quartier latin. Il suffit de faire en sorte que tous les filons en devenir en 1996, avant le début de la prédation généralisée, soient remis en place. Que le pays retrouve son niveau maximal de production du coton ! Que l’ambition de faire du port de Cotonou un outil à la pointe du négoce sous-régional soit remise au goût du jour ! Que la confiance revienne chez les investisseurs privés ! Que la souveraineté nationale bénéficie de plus de respect de nos voisins ! Qu’enfin, le commerce avec le Nigeria soit totalement affranchi de ‘l’hamanisme’ ! Et on verra si nous méritons vraiment là où on nous a conduit. Notre infortune s’explique d’ailleurs très difficilement pour les esprits cartésiens. Il pleut toute l’année ; la vallée de l’Ouémé est considérée comme l’une des plus fertiles du continent ; sur l’ensemble du pays les terres cultivables sont laissées à la merci de la mauvaise herbe.

A bien regarder, dans tout le golfe du Bénin, le long de la Côte Atlantique, on ne trouvera pas une race de princes comme celle installée aux commandes du Quartier latin. Ce n’est ni au Ghana ni en Côte d’Ivoire ni au Togo encore moins au Nigeria qu’on peut comparer le Bénin. Pour nous trouver un même niveau de développement, il faut aller dans le Sahel, au Mali, au Burkina Faso ou au Niger. Des pays arides obligés d’organiser des prières rituelles nationales afin d’implorer la pluie. Pendant qu’à Cotonou et Porto-Novo on ne finit pas de régler les problèmes d’inondation.
Notre déchéance, au Bénin, n’est pas de naissance, c’est de la maladie comme dirait l’autre.

Pour faire plus court on parlera d’une fatalité acquise.

On nous a appauvris !

Par Arimi Choubadé
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