Le journaliste Yovo a fait la prison pour qui et pour quoi ???

lundi 30 juin 2014 par Arimi Choubadé

Emprisonné le 17 mai puis relâché le 27 juin, un mois 10 jours à la maison d’arrêt de Cotonou pour le journaliste François Yovo. Le jugement prévoyait 3 mois de prison ferme pour diffamation sur la personne du Dg/Sonapra afin de permettre à ce dernier de laver son honneur sensé avoir été souillé. Finalement, au bout d’un mois 10 jours, Idrissou Bako a retrouvé son honorabilité et retiré sa plainte à l’origine de la procédure. Ainsi, mon confrère Yovo a pu rejoindre ses proches après ce bref séjour carcéral, désormais, quitte de toute poursuite éventuelle par rapport à cette affaire. Peut-être pour lui une aventure personnelle avec ses enseignements, ses expériences, ses contraintes, ses réalités. Reste à connaître l’apport de cet épisode sur la démocratie béninoise.

En effet, ce que retient globalement l’opinion publique nationale et au-delà des frontières c’est qu’un journaliste à été emprisonné au Bénin pour ses écrits. La grande mobilisation, aussi souterraine que publique, prouve d’ailleurs toute l’absurdité de cette affaire. Pas que les juges aient abusé de la loi mais que subsistent encore dans le droit positif du "berceau" de l’alternance pacifique et de la démocratisation de l’Afrique, des dispositions privatives de liberté en matière de délit de presse, en l’occurrence la diffamation. Un atavisme législatif dont la survivance ne s’explique toujours pas puisque le Togo tout près, le Ghana, la Côte, le Congo, le Zimbabwe et beaucoup d’autres pays africains y ont renoncé purement et simplement. Il paraît que les députés béninois réclament des garanties pour aller à la suppression de cette peine sans qu’on ne connaisse la nature exacte de cette fameuse garantie. En tout cas, ce ne peut être celle des jetons de vote en vogue au sein de l’hémicycle et dont le député Candide Azannaï en a fait des gorges chaudes, il y a quelques jours, sur une radio locale.

Revenons au bilan de l’incarcération de François Yovo, au-delà de la personne de l’ancien bagnard. De toutes les façons, il y a toujours quelque chose de chevaleresque dans le séjour d’un journaliste en prison surtout sous un régime dit démocratique. Le cas d’espèce ne saurait faire exception : le gars du journal Libération paraissant à Cotonou est devenu un martyr de la lutte pour la liberté de presse au Bénin, quoi qu’on dise. Une hérésie qui vaut, par contre, à tout le pays, le renforcement de son statut de mouton noir de la liberté de presse. Un pays en constante régression dans les classements annuels de Reporters sans frontières (Rsf) depuis 2006 après avoir longtemps été un modèle sur le continent. Les officiels béninois, autrefois, crédités d’être les représentants d’une démocratie émergente lors des fora internationaux connaissent désormais la gêne de devoir se justifier sur les emprisonnements de journalistes dans leur pays. Ne parlons pas des conséquences de ce cas auprès de certains partenaires techniques et financiers dont les États ont banni ces dispositions libertaires depuis des lustres.

Au-delà du caractère anachronique de cette peine, le cas Yovo porte en lui-même une grotesque manipulation de la justice à des fins connues des seuls initiateurs. En effet, le procureur de la République doit être le premier étonné de l’arrestation puis de la détention du journaliste de Libération alors que des dizaines d’autres de ses confrères, eux-aussi condamnés, bien avant lui, jouissent de leur liberté de mouvement. La preuve que le dessein premier du maintien de cette disposition pénale n’est rien d’autre que de servir d’instrument de chantage et de terreur sur certains écrivaillons hors système ou non parrainés. Ainsi, certains condamnés multirécidivistes notoires pourtant condamnés à des peines privatives de liberté peuvent narguer la justice pendant que de menus fretins courent constamment le risque d’être jetés en prison pour les mêmes condamnations. Finalement, l’embastillement du "petit" Yovo n’aurait servi qu’à envoyer des signaux forts à tous les indécrottables anticonformistes de la presse plutôt qu’à assainir une corporation.

Juste pour ça !!!

Par Arimi Choubadé
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