La vengeance des juges ???

mercredi 9 juillet 2014 par Arimi Choubadé

Djibril Débourou et son alter ego, André Okounlola y croient dur comme fer : la réouverture du dossier judiciaire du juge Coovi assassiné à Parakou depuis 2005 et la proposition de loi visant à priver les magistrats du droit d’association, de grève et de militantisme syndical seraient intimement imbriquées. Les développements du procès ne semblent pas avoir raté, en effet, un des chantres de ce chantier législatif liberticide. L’emblématique Rachidi Gbadamassi se retrouve en pointe dans les débats au procès suite à un témoignage accablant contre lui. Des propos d’un des témoins attribuent au député un rôle évident dans l’assassinat du juge Coovi. Les déclarations de dame Saadatou résonnent encore comme un coup de tonnerre ; un tournant dans le procès, et pourraient enfin aider à lever un coin de voile sur un dossier ayant longtemps assombrit l’univers judiciaire béninois. Sous réserve de la réaction du prestigieux mis en cause muet ces derniers jours et attendu en vain à la barre pour sa déposition en tant que témoin.

Pour en revenir aux convictions profondes de Débourou, l’effort de vérité actuellement consenti autour de l’affaire Coovi n’aurait jamais été possible s’il n’y avait pas eu la fameuse proposition de loi. Depuis 2005, c’est-à-dire plus de 9 ans, la justice béninoise s’est empêtrée dans ses propres incohérences et n’a retrouvé une certaine lucidité que lorsque les magistrats se sont sentis menacés dans la jouissance de leur liberté de s’associer, de se constituer en syndicat ou de faire grève. Le problème vu sous cet angle, la honte exprimée avec dédain par le premier questeur du parlement pourrait se justifier. Cela signifie que la justice n’est plus rendue par des juges intègres et impartiaux mais malheureusement par des justiciers revanchards, obnubilés par l’envie de punir les élus qui ont osé apposer leurs signatures au bas de la proposition de loi controversée.

Mais, la dénonciation des députés, aussi pertinente qu’elle parait, a néanmoins pêché par son mutisme face aux insinuations de leur collègue Candide Azannaï à propos des 2 millions FCfa qu’aurait perçu chaque signataire de l’initiative législative en question. Les dénonciateurs ont choisi de retourner l’accusation aux magistrats qui, de leur côté, auraient débourser également des dizaines de millions pour empêcher l’étude du dossier en urgence. Accusations et contre-accusations qui dénotent de l’ampleur de la perversion en milieu parlementaire. Dans ce bras de fer, chaque camp semble trouver refuge dans le dol et l’insanité. À l’abus du droit de légiférer s’oppose l’abus du droit de juger.

Il est à espérer que, de ce "choc des titans", naisse une nouvelle ère pour la justice béninoise. Et qu’à partir de l’affaire Coovi, les juges acquièrent définitivement une véritable indépendance en faisant trembler désormais devant la loi tous les puissants intouchables jusque là. Les Béninois avaient cru à ce réveil de la justice après l’épisode des frais de justice criminelle ayant coûté la prison à de nombreux magistrats. Hélas ! Pourvu que les conséquences de l’affront de la tentative de suppression de la grève aux magistrats ne se limitent pas à un vulgaire procès de vengeance ou une traque ciblée à l’endroit des seuls députés signataires du document incriminé. L’ouverture de tous les dossiers sous éteignoir du fait de la posture dominante des mis en cause ferait beaucoup de bien à un peuple victime de l’impunité de son élite corrompue et de la gouvernance calamiteuse de ses princes.

Tant mieux si la vengeance des juges fait enfin trembler les puissants...

Par Arimi Choubadé
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