Ce Bénin-là, je l’adore !!!

vendredi 11 juillet 2014 par Arimi Choubadé

Des députés arcboutés à leur prérogative de législateur, contre vents et marées. Malgré le fait que l’un des leurs se démène actuellement comme un beau diable devant un jury de Cour d’assises à Parakou. Et malgré les affichages sauvages de leurs noms respectifs dans les cours et tribunaux du pays à titre d’ennemis jurés des magistrats. Tout ceci après avoir signé une proposition de loi visant à enlever aux magistrats le droit d’être en association, de se constituer en syndicat et de faire grève. Eux, députés signataires ne jurent que par leur volonté de préserver la continuité du service public de la justice et de défendre les intérêts des justiciables pénalisés par la paralysie du système judiciaire pour fait de grève des magistrats. Ils prétendent agir ainsi par admiration pour la législation française qui aurait proscrit ce droit.

Dans la même veine, une autre catégorie de députés, acquise au départ à l’initiative, a choisi le rétropédalage par des retraits spectaculaires de signature. Sur les 45 signataires de la proposition de loi, 4 ont déjà dénoncé leurs propres accords à travers un battage médiatique exceptionnel. Chacun des revirements est motivé, nuancé, argumenté en fonction des contingences. Pour agrémenter tout ce mélimélo, un autre député, en tireur isolé, s’est illustré dès le dépôt du texte en révélant sur les antennes d’une radio locale que les signataires auraient été démarchés à 2 millions chacun. Comment pourrait-on dire dans ces conditions que la démocratie ne vit pas au Bénin ? Un pays dans lequel la commission des lois du parlement majoritairement acquis au gouvernement s’est permise de rejeter la proposition de loi initiée par cette même majorité.

Par ailleurs, voici près de 3 ans que le gouvernement tente en vain de faire passer un projet de révision en prélude à des réformes institutionnelles conformes aux vœux du chef de l’Etat, paraît-il. Face à ce projet se dresse cette même commission des lois du parlement. Depuis lors, le débat sur la révision constitutionnelle n’a jamais pu parvenir en plénière. Que ne donneraient pas des millions de Togolais juste pour avoir un parlement de ce genre capable de faire échec à la volonté afficher du chef de l’Etat de modifier la loi fondamentale ? Burkinabés, Camerounais, Gabonais, Zimbabwéens cherchent désespérément un pareil parlement en vue de voir intervenir l’alternance au pouvoir. Même le fameux modèle sénégalais n’a pu empêcher Abdoulaye Wade de modifier la constitution autant de fois qu’il voulait lorsqu’il était au pouvoir et de solliciter une troisième fois le mandat présidentiel malgré des manifestations de rue ayant occasionné près de 16 morts.

Que dire de l’activisme débordant des syndicats, des commentaires au vitriol d’acteurs des médias, de la grève récurrente des magistrats, des voĺées de bois verts périodiques des animateurs de la société civile ? Comment ne pas tirer un sentiment de fierté d’une telle frénésie dans l’animation de la vie publique, au-delà des autres imperfections ? En effet, imaginez cette vivacité démocratique enfin débarrassée de sa tare rédhibitoire à savoir l’opacité de son financement. Si seulement les citoyens pouvaient savoir d’où tous ces animateurs de la vie publique (partis politiques, élus, associations, syndicalistes etc...) tirent l’argent pour financer leurs activités. Il ne reste donc qu’à conjurer efficacement l’impunité, la corruption à grande échelle par une légalisation du financement de l’animation de la vie publique.

Juste pour parfaire le modèle du berceau de la démocratisation en Afrique...

Par Arimi Choubadé
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